Les chefs de file du MoDem pour les élections régionales

Posté par auplaisirdesyeux le 26 avril 2015

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Le bureau exécutif du Mouvement Démocrate, réuni le 23 avril, a désigné ses chefs de file régionaux pour les élections régionales du mois de décembre.

Le rôle de ces chefs de file est de :

1/ coordonner la préparation des élections région par région,

2/ construire autour d’eux des équipes régionales ouvertes à des visages nouveaux et à la société civile,

3/ créer les conditions des rassemblements larges nécessaires pour donner aux régions la dynamique nouvelle dont elles ont besoin.

Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine : Nathalie Griesbeck, députée européenne du Grand Est ; Sylvain Waserman, maire de Quatzenheim, président de la communauté de communes Ackerland.

Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes : Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques.

Auvergne-Rhône-Alpes : Patrick Mignola, maire de La Ravoire, président de Métropole Savoie.

Bourgogne-Franche-Comté : Christophe Grudler, conseiller départemental de Belfort.

Bretagne : Bruno Joncour, maire de Saint-Brieuc, président de Saint-Brieuc agglomération ; Isabelle Le Bal, 1ère adjointe au maire de Quimper.

Centre : Marc Fesneau, maire de Marchenoir, président de la communauté de communes Beauce et Forêt.

Corse : réservé.

Île-de-France : Marielle de Sarnez, députée européenne d’Île-de-France ; Yann Wehrling, conseiller de Paris.

Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : Robert Rochefort, député européen de la région du Grand Sud-Ouest.

Nord-Pas-de-Calais-Picardie : Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur du Pas-de-Calais.

Normandie : Rodolphe Thomas, maire d’Hérouville Saint-Clair, conseiller départemental du Calvados.

Pays de Loire : Patricia Gallerneau, militante associative (Loire-Atlantique).

Provence-Alpes-Côte-D’Azur : réservé.

La Réunion : Thierry Robert, maire de Saint-Leu, député de la Réunion.

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Jean-Luc GINDER et Nathalie PORTMANN binôme candidat aux élections départementales sur le canton de Wittenheim

Posté par auplaisirdesyeux le 7 mars 2015

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« Plus rien ne sera comme avant »

Posté par auplaisirdesyeux le 18 janvier 2015

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Dans un entretien accordé à Paris Match, François Bayrou, président du MoDem, appelle à la « solidarité nationale » et au « dépassement du camp contre camp ».

Que signifient ces événements ?

François Bayrou. Pour la France, pour notre modèle de société, pour la ­liberté de la presse, c’est aussi choquant que l’a été le 11 septembre pour les Etats-Unis. Plus rien ne sera comme avant.

Notre démocratie est-elle en danger ?

Elle est notre bien le plus fragile, le plus exposé. Ce qui est naturel, c’est ­l’oppression et la soumission. Pas la liberté. La liberté, ça se conquiert, et la liberté d’expression plus que toute autre. Oui, ­aujourd’hui, cette liberté-là est en danger, spécialement en France. Nous sommes un pays dans lequel la caricature, l’humour et l’insolence sont plus présents qu’ailleurs. Nous sommes un pays plus laïque que les autres et nous avons raison de l’être. Enfin, nous sommes exposés en raison de notre rôle dans la lutte internationale contre les djihadistes. Cela fait beaucoup de raisons d’être en alerte.

Comment la démocratie doit-elle répondre ?

Ce que cherchent ces gens-là, c’est que nous ­entrions en guerre les uns contre les autres, et spécialement en guerre contre l’islam, de ­manière à susciter un choc en retour. Notre ­réponse doit au contraire être celle de l’unité.

Est-elle possible ? Il y a déjà eu des tirs contre des lieux de culte musulman…

Ce matin, ce qui m’a frappé, ce sont mes copains musulmans chez moi, à Pau, qui m’appelaient avec des larmes dans la voix : “Ce n’est pas nous, ça, disaient-ils. On va faire une manifestation de musulmans. Ce ne sont pas des musulmans ces gens-là.” Eux aussi sont maintenant d’une certaine manière des victimes.

Que faudrait-il faire ?

D’abord refuser la division et choisir la solidarité entre toutes les composantes, les sensibilités de la nation. Deuxièmement, il faut faire le travail de sécurité avec tous les moyens nécessaires, sans la moindre concession. Troisièmement, il faut construire ce que j’appelle la vigilance de voisinage : aucune entreprise terroriste ne peut passer au travers. C’est une œuvre de défense nationale de proximité. Ce ne sont plus “des jeunes qui font des bêtises”, c’est beaucoup plus grave. Enfin, il faut que tout le monde se prenne en main, que cette ­ambiance d’unité natio­nale inspire les ­rapports humains et politiques dans notre pays. Comme quand il y a une guerre, parce que c’est une guerre, le temps est à la solidarité nationale.

Comment expliquer que notre démocratie ait engendré de tels monstres ?

La démocratie commence à partir du moment où précisément on refuse qu’une société soit la proie des tensions ethniques, religieuses, identitaires. La démocratie, c’est le pluralisme. Ce n’est pas elle qui a engendré ça, mais à l’inverse le ­retour de ceux qui veulent qu’une seule loi sectaire domine tous les ­aspects de la vie. La laïcité française, ­depuis Henri IV, c’est au contraire la séparation des enjeux d’Etat et des enjeux religieux. Je le dis d’autant plus que je suis croyant.

Les tireurs sont, semble-t-il, des jeunes nés en France.

Nous avons raté beaucoup de choses, notamment dans l’intégration. Nous avons beaucoup à reconstruire, à l’école, dans le civisme. Et cela devrait nous entraîner à dépasser les affrontements politiciens et partisans camp contre camp.

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« La France peut s’en sortir grâce à la lucidité, au courage et à une démocratie nouvelle »

Posté par auplaisirdesyeux le 3 janvier 2015

http://www.dailymotion.com/video/x2dql12

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« La vocation du grand courant démocrate est la liberté et l’indépendance, pour que triomphent l’intérêt général et le bien commun. »

Posté par auplaisirdesyeux le 23 septembre 2014

Découvrez le discours de François Bayrou, prononcé le 21 septembre 2014 à Guidel, en clôture de notre université de rentrée.

http://www.dailymotion.com/video/x26dsee

« Mes chers amis,

Je suis très heureux de vous retrouver ce matin, très heureux de succéder à la tribune à Antoine Carette, président des Jeunes Démocrates, qui a très bien parlé et très bien agi. Mon premier remerciement va aux jeunes, aux nouveaux conseillers municipaux, aux animateurs de notre mouvement dans les départements, présents à Guidel, comme à tous ceux qui nous regardent à la télévision et sur notre site, les adjoints, les maires, les conseillers généraux et régionaux, les députés, les sénateurs, les députés européens. Je veux dire ici aussi, à quel point Marielle de Sarnez a joué dans tout cela un rôle remarquable. Sans sa volonté, son énergie, son savoir-faire, à peu près inébranlable, redoutable, sans tout cela notre mouvement ne serait pas arrivé là où nous en sommes. Je voudrais lui dire, au titre du mouvement et à titre personnel, notre gratitude et notre affection. Ma gratitude va aussi à Marc Fesneau pour l’organisation et l’animation de nos journées.

Je suis très heureux de cette université de rentrée. Tout au long de ces trois jours, je me disais que je ne connais pas un mouvement en France, aujourd’hui, qui consacre ses rencontres, non pas à des manœuvres des uns contre les autres, non pas à des visions adverses et aux surenchères, aux pièges des uns contre les autres, mais au contraire à la réflexion de fond et à l’échange, franc et digne. Notre mouvement politique s’intéresse à l’essentiel, il a fait de cette authenticité son engagement, sa marque de fabrique, son ADN et je suis heureux que ces trois jours aient permis à tout le monde de le vérifier. Evidemment un mot aux intervenants, nombreux et passionnés, qui ont découvert que leur réflexion, leur expérience pouvaient mobiliser un mouvement, et pas seulement au niveau politicien. On peut avoir un mouvement civique, engagé, citoyen, et pas seulement un mouvement qui s’intéresse à ses intérêts partisans, mais qui s’intéresse à l’intérêt général et, celui-ci, nous l’avons bien servi durant ces trois jours. Je suis persuadé que vous, qui êtes venus de loin, en faisant des sacrifices, l’avez senti. Il faut que l’on sache qu’ici, tout le monde assume sa part de la charge ; nous sommes un mouvement qui n’a pas beaucoup de moyens financiers, et qui cependant réussi à organiser des événements remarquables grâce à l’engagement de vous toutes et tous car vous êtes membres mais également citoyens de notre mouvement. Merci beaucoup.

L’inventaire que nous avons fait sur beaucoup de points a démontré à quel point notre pays était atteint dans ses équilibres économiques, financiers et sociaux, politiques et moraux, et que, chaque jour l’actualité apportait une menace nouvelle contre ces équilibres, singulièrement moraux. Un pays dont je veux rappeler qu’il était, au début des années 2000, c’est-à-dire hier, très loin devant l’Allemagne, qu’il apparaissait comme le pilier de l’Europe, alors que l’Allemagne, disait-on à l’époque, ironie des changements, apparaissait comme « l’homme malade ». Et puis, il suffit de voir en 12 ou 15 ans l’évolution des choses, et je pense qu’il est important que nous nous interrogions sur la raison de cette dérive.

Il y a bien des raisons importantes, mais la raison principale c’est que dans notre pays, les dirigeants ont refusé de voir la vérité. C’est la vérité qui a manqué – le dernier livre que j’ai écrit s’appelle De la vérité en politique  - ; or, dans les temps où nous entrons, il est impossible de conduire une politique de lucidité et une politique de changements profonds, de reconstruction, si la vérité n’est pas l’article premier du contrat que l’on noue avec les citoyens. Cette vérité a été trahie, dissimulée, et le devoir de vérité a été abandonné, pas depuis 2012, pas même depuis 2007, mais depuis de très longues années. J’ai été extrêmement frappé d’une phrase que Manuel Valls a prononcée dans son discours de politique générale, sans que personne ne s’y arrête. Il a dit : « La France n’a pas créé un seul emploi industriel depuis 2001 », et je trouve que nous serions très avisés de nous demander pourquoi cette date de 2001, tournant du siècle, a marqué ainsi le coup d’arrêt brutal et d’une certaine manière la dérive et le dérapage de la France. Je pense que, dans ces années du début du XXIe siècle, il y a eu un grand nombre de décisions et plus encore un grand nombre de non-décisions qui ont porté atteinte à l’élan vital du pays. Nous l’avons dit à l’époque : la décision des 35 heures a été une très mauvaise décision, parce qu’elle a changé une idée que la société française dans ses profondeurs, dans les familles, les communautés, pour ceux du secteur privé comme du secteur public, se font du travail. Un travail désormais considéré et regardé, comme étant au fond une activité dont il convient de se libérer le plus possible pour vivre. C’est ça l’idée des 35h. C’est une idée que l’on retrouve dans les réflexions depuis longtemps. Cela correspond à une très vieille réalité psychologique. Je dois rappeler que le mot « travail », en béarnais « tribay», était en latin « tripalium », qui veut dire supplice, et même supplice du pal, et donc le travail considéré comme un supplice.
Mais je veux dire aussi qu’il y a des millions de français, des dizaines de millions de français, qui pensent que le travail n’est pas un supplice, ni une domination, ni une sujétion, mais une émancipation. C’est un débat de fond. Il y a des gens qui pensent que travailler 32h ce serait mieux que 35, et puis un jour 28. Ce sont des esprits estimables – je ne fais pas de ce sujet une querelle secondaire – mais je pense que la réhabilitation du travail comme émancipation, comme une chance de se réaliser fait partie des urgences que nous avons à porter aujourd’hui. Il y a des années que cela dérive et que cela se dégrade. Je ne crois pas qu’il soit totalement juste de dire que c’est François Hollande et le gouvernement actuel qui porte la responsabilité pleine et entière de la situation dans laquelle nous sommes, mais ils possèdent une part de responsabilité, très importante, et qui sera mise naturellement à leur débit lorsque l’on fera le bilan des 5 années qui se sont écoulées. Cette responsabilité, c’est de n’avoir pas vu, ni analysé, ni pu proposer une voie pour sortir des dérives dans lesquelles nous étions, et d’avoir entretenu au contraire l’illusion, par un contrat absurde, qu’il suffisait de changer les gouvernants pour que les choses s’arrangent. Rassurez-vous, ce scénario nous allons le retrouver devant nous.
Et je veux rappeler que cette dérive est issue de la dette que nous accumulons depuis des années. Dieu sait que j’ai mené le combat sur ce sujet, avec vous, et parfois tout seul, parfois seul contre tous, depuis 15 années, en voyant venir le mur de la dette et en proposant aux Français de se ressaisir et de sortir de cette fatalité muette, si menaçante qu’elle devenait presque une certitude d’accident. Le déficit moyen sur les 5 années de Nicolas Sarkozy est supérieur  à 5% du PIB par an.  Nous allons retrouver le niveau de 4.5%, et c’est un échec national. Et cependant vous voyez à quel point les choses étaient lancées depuis longtemps. La désindustrialisation c’est la même chose, les chiffres du commerce extérieur, la même chose…Depuis 2002, le commerce extérieur de la France décroche pour atteindre aujourd’hui environ 60 à 70 milliards de déficit chaque année, alors que l’Allemagne a 240 milliards d’excédents. Moins 70 pour nous, plus 240 pour l’Allemagne. Cette série a commencé depuis longtemps et ils n’ont pas su la mettre en pause. C’est la même chose pour le chômage, la perte de confiance dans les institutions ; c’est la même chose hélas pour l’augmentation des impôts. Le Parti socialiste a fait de l’augmentation des impôts son entrave, persuadé que c’est ainsi qu’on retrouverait l’équilibre. Il s’aperçoit que l’on en est très loin : 30 milliards d’augmentation d’impôts au moment de l’alternance et 30 milliards d’augmentation d’impôts avant l’alternance. Les chiffres sont hélas les mêmes ! La faute de François Hollande c’est d’avoir rusé avec la vérité, avant son élection, avec un programme dont il ne pouvait pas ignorer, pour l’avoir analysé lui-même et pour l’avoir combattu lui-même dans un certain nombre de chapitres au moment des primaires du PS, qu’il était mensonger. D’avoir esquivé après, parce qu’il ne pouvait pas ignorer – j’ai eu des confrontations avec lui sur ce sujet en privé et en public – que le changement de cap allait lui être imposé par la réalité. Le courage consistait à le dire assez tôt pour qu’il puisse apporter des effets. A force d’avoir rusé, en français on dirait avec un mot directement issu du latin, « procrastiné», il a plongé le pays dont il avait la charge dans la situation désespérante qui est la sienne aujourd’hui. Là, hélas, vous avez échoué François Hollande !

La vérité est, et nous ne l’oublierons jamais, la clé de toute politique de réformes. Il n’y aura plus dans l’avenir de gouvernement possible ni pour les illusions ni pour les mensonges, parce que l’on ne peut pas imposer un effort à un peuple si l’on n’a pas noué avec lui un contrat fondé sur la réalité de sa situation et la vérité sur les objectifs de rénovation qu’on lui demande. Des illusions et des mensonges, il y en a beaucoup dans la vie politique française. Je suis frappé de voir que face à l’extrême-droite, les responsables politiques sont devant Marine Le Pen comme les lapins pris dans les phares d’une voiture, comme dans un état cataleptique. Moi je vous propose d’échapper à cette malédiction cataleptique en disant les choses comme elles doivent être dites. Aujourd’hui l’extrême-droite et l’extrême-gauche défendent au mot près la même politique économique. Je ne dis pas qu’ils sont d’accord sur tout. Je sais très bien ce que les uns disent sur l’immigration, sur cette manière de chercher à faire flamber les antagonismes et les haines entre Français, entre tous les habitants de notre pays quelles que soient leurs origines.

Mais sur le fond de la politique économique, sur ses trois grands chapitres : sortir de l’Union européenne ; sortir de l’euro ; recourir à nouveau aux facilités de la dévaluation et des subventions publiques et des allocations de toute nature, aux augmentations de tout ce qui fait plaisir, et aux diminutions de l’effort, il y a convergence. J’en ai eu une confirmation lors du débat que nous avons eu jeudi sur France 2 à l’émission « Des paroles et des actes » : Marine Le Pen et ce qu’il y a de plus à gauche dans le monde politique français défendent exactement la même politique, ce qui m’a amené à dire à Pierre Laurent sur le plateau : « Mais ne l’interrompez pas, elle défend la même politique que la vôtre !». Or, cette politique-là, la fermeture des frontières, la dépense publique et le retour au franc, la politique de la dette et la politique du déficit, et la dévaluation ressentie comme un bienfait, c’est une politique mortelle pour notre pays. C’est du mensonge et de la folie !
Ce que nous avons combattu quand c’était à dose faible dans le programme des uns ou des autres nous n’allons pas l’accepter ni être paralysés demain. Ces poisons sont la contestation de toute la démocratie française. Nous sommes clairement, volontairement, déterminés à défendre la vérité qui seule peut nous permettre de reconstruire notre pays, à écarter les illusions, les mensonges, les haines qui ne peuvent que nous conduire au drame national le plus grave que nous ayons rencontré depuis de très longues années.

Nous avons organisé nos Universités de rentrée sous le thème de « Reconstruire ». Reconstruire la France, la démocratie, notre pays, nos institutions parce que nous pensons qu’il existe en effet une autre politique, pas celle qu’on nous propose sous ce vocable, pas la politique de la facilité, mais une politique  au contraire beaucoup plus fondamentale, qui ne se limite pas à programmer des coupes et encore des coupes même si elles sont nécessaires dans la dépense publique. Je crois à une politique qui ne se contente pas de couper mais qui recoupe, répare, corrige, reconstruit, et qui vivifie les piliers de la société dans laquelle nous vivons. Ce n’est pas seulement que notre pays dépense trop, c’est un problème, quand on vit au-dessus des équilibres entre ce que l’on dépense et ce que l’on prélève. Ce n’est pas seulement cela, c’est aussi qu’il dépense trop pour agir mal, et qu’en agissant mal, il est incapable de faire une société solidaire et en particulier de produire assez pour financer la solidarité dont il a besoin.

Je voudrais vous rendre attentif à ce chiffre, au classement du produit intérieur brut – je rappelle que c’est la somme de tout ce que, dans une année, on produit comme services, produits matériels, échanges dans une société comme la nôtre – : lorsqu’il s’agit du PIB par pays, notre pays est très haut placé dans le classement, nous sommes 4e de tous les pays européens. Mais si vous prenez un autre classement, le PIB divisé par le nombre des habitants, alors, à ce moment-là, on a une très mauvaise surprise de découvrir que dans notre pays, le PIB par habitant nous met au 12e rang. Et nous ne cessons de descendre depuis des années parce que nous sommes bloqués dans l’épanouissement de notre capacité à produire, à concevoir, à inventer, à innover, et cela se fait sentir.  C’est ce que Robert Rochefort ne cessait de répéter aux politiques, dans ses anciennes responsabilités, au CREDOC. Quand vous avez un produit intérieur brut qui augmente de 0.5 par an, et que le nombre de foyers augmente lui de 1% par an, alors cela veut dire que les moyens, le niveau de vie de chacun des foyers français a baissé en termes réels dans l’année qui vient de s’écouler. Cet indice-là de la paralysie française, ce qui s’appelle l’appauvrissement français, il faut que nous le regardions pour en tirer des conclusions. Beaucoup parmi vous ont dit – ils m’ont même écrit des petits mots : « Oui mais dites-nous ce qu’il faut faire » ; « Si demain vous aviez le pouvoir, quelles seraient vos premières décisions ?  Dans quoi vous engageriez-vous ? « Et ne nous dites pas : il faut, y a qu’à, il convient de. Dites-nous ce qu’il faut faire clairement ». Et bien je vais vous dire ce que, à mon avis, il faut faire clairement. Pour reconstruire la France, une maison, il faut reconstruire les piliers de la maison, pour leur rendre leur force, leur puissance, leur capacité de soutien de la maison et il y en a beaucoup de ces piliers. Je vais aller très vite en énonçant seulement les quelques pistes qui me paraissent nécessaires.

Premièrement, dans cette reconstruction, dans ce chemin de reconquête, le premier objet de reconquête, c’est l’Etat. Il faut reconquérir le domaine de l’action publique nationale et locale qui est aujourd’hui dans un affaiblissement continu, une asthénie comme diraient les médecins, une absence de volonté, d’énergie, qui sont tout à fait inédites dans un pays dont l’Etat a été le pilier central. L’Etat c’était la France, c’est l’Etat qui a fait la France. Nous avions, citoyens, tous les jours recours à l’Etat qui soutenait la tranquillité, le vivre ensemble des Français, et peu à peu l’Etat s’est retrouvé enserré dans deux pièges énormes. Le premier c’est la complexification perpétuelle, incompréhensible pour le commun des citoyens. Le deuxième est la prolifération de règles et de normes qui paralyse l’action publique à tous les niveaux. François Haab, nouveau conseiller de Paris, grand médecin, m’écrit tous les jours sur cette espèce de paralysie dans le monde de la santé, notamment l’administration des hôpitaux. C’est vrai dans ce domaine, là, mais c’est vrai dans tous les autres, l’Etat ne répond plus. Au lieu d’être soutien, il est devenu bloquant et autobloquant. Il bloque l’action des animateurs de la société, créateurs, chercheurs. Imaginez les cataractes de paperasse auxquelles les chercheurs français sont désormais soumis dans leur travail. Ils ont le sentiment que pour un certain nombre d’entre eux – c’est le cas aussi des universités – ils ne peuvent plus agir parce qu’ils épuisent leur énergie à rendre compte de leur action. Il est donc vain de poser la question du coût de l’action publique si l’on ne pose pas d’abord la question de son organisation, la question de l’initiative et de la simplification à l’intérieur des services de l’Etat, la question de la réforme et de la simplification des normes et de l’instauration d’un devoir de souplesse dans leur utilisation.

Parmi les échecs qui resteront au débit de ce gouvernement, parmi les promesses non-tenues, que l’on fait semblant de tenir mais qu’en réalité on trahit, il y a celle, attendue et trahie, de la nouvelle architecture des collectivités locales. Cela nous plonge dans une colère d’inspiration profonde et irréductible. On nous a annoncé – et nous avons applaudi, nous avons soutenu cette idée sous tous les gouvernements successifs – que le labyrinthe qu’on avait créé dans les collectivités locales rendait impossible la lisibilité de l’action publique pour les citoyens. Et j’ai, le premier, depuis très longtemps, proposé que l’on fusionne les départements et les régions, que l’on aille vers un rapprochement, donc une seule administration avec des élus venant du terrain, capables de gérer en même temps le local, qui est une proximité, et le régional qui est stratégique quand les positions divergent au sujet de l’aménagement du territoire. C’est le projet que nous avons défendu ensemble depuis 2002, auquel peu à peu, les citoyens les gouvernants, ont semblé se rallier. Et puis le gouvernement a dit : « Au moins nous, nous irons au bout de cette question ». Et ils ont annoncé que l’on allait faire la réforme des conseils généraux pour partager les prérogatives des conseils généraux entre les collectivités de premier rang que sont les intercommunalités, communauté de communes et d’agglomération, et la région pour le côté stratégique. On est parti de là, et nous avons approuvé cette orientation. Et que s’est-il passé ? On est entré dans des débats byzantins, marqués au point de la stupidité administrative et de l’incompréhension politique, qui nous amène à la situation suivante : premièrement le découpage régional que l’on nous propose est un découpage qui nie l’idée même de région. Nous sommes des décentralisateurs, qu’est-ce que cela veut dire décentralisateur ? Cela veut dire que nous pensons qu’un certain nombre de décisions, d’orientations pour l’avenir d’un territoire, doivent être délibérées au plus près des citoyens, et encore faut-il qu’entre ces citoyens il y ait une unité, une identité, qu’ils se reconnaissent membres du même ensemble, et qu’ils aient la même tradition culturelle, les mêmes modes de vie. Si vous faites exploser la nécessaire identité des régions, comme c’est aujourd’hui le projet, il n’y a plus de volonté politique possible.

Exemple : nous en Aquitaine, nous rencontrons une situation formidable. L’Aquitaine, pour vous le rappeler, c’est l’ancienne province de Gascogne et la toujours neuve, nouvelle, vivante et vivifiante province du Béarn. Il serait tout-à-fait possible et imaginable d’avoir un rapprochement historique pour compléter cette unité provinciale avec les Charentes. Les deux Charentes sont en effet dans le même univers culturel que ces deux provinces. On est donc parti de là, mais après on nous a dit : « Écoutez, on va mettre l’ensemble de l’Aquitaine avec l’ensemble du Poitou-Charentes. » En Poitou-Charentes, il y a la ville de Bressuire. Dieu sait que j’aime Bressuire : ma femme ayant grandi à Bressuire, j’ai une amitié profonde pour ce pays. Mais Bressuire-Pau, c’est 500 kilomètres ! Il y a des mouvements qui se sont exprimés et il me semble qu’une élue de Poitou-Charentes a dû téléphoner à l’Élysée en disant que ce montage-là n’était pas idéal : alors nous allons laisser l’Aquitaine dans son périmètre actuel. Nous sommes donc partis de l’Aquitaine, puis il y a eu Aquitaine-Charentes, puis il y a eu Aquitaine et Poitou-Charentes, et nous sommes revenus à Aquitaine seulement… tout cela annoncé officiellement par l’Élysée ! Nous faisions alors contre mauvaise fortune bon cœur. Et bien ce n’était pas fini car il y a eu aussi le Limousin et, dans le Limousin, les amis politiques du Président de la République ont à leur tour décroché le téléphone. Résultat, le Président de la République dans sa souveraine science et la civique inspiration de son bureau, a décidé que pour des raisons politiques, il convenait que désormais ce soit Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin ! Pau-Limoges : 500 kilomètres. Limoges-Bressuire : 250 kilomètres. Bressuire-Pau : 500 kilomètres. Pour faire le tour de la région il faudra approvisionner 1250 kilomètres de frais de déplacement. Si vous me dites qu’avec ça on va faire des économies je vous garantis qu’on est en train de nous tromper. Et c’est la même chose pour la potentielle Alsace-Lorraine-Champagnes-Ardennes. Et pendant ce temps on laisse la Bretagne toute seule, et encore plus révélateur : la Bretagne sans la Loire-Atlantique. Je suis pour le droit des peuples à réfléchir à leur organisation. Et la région Centre : toute seule ! Vous voyez : Aquitaine-Poitou-Charentes-Limousin, Alsace-Lorraine-Champagnes-Ardennes – foin de toute unité et identité, on s’en fiche – et la région Centre reste toute seule pour la raison qu’ils nous pas voulu offrir à Jacqueline Gourault et à Marc Fesneau le boulevard qui autrement se trouvait devant eux. C’est quoi tout ça ? La pensée techno-administrative nous vend cela depuis longtemps, au nom du principe « Plus c’est gros, mieux c’est » : « Big is beautiful ». Moi je pense qu’il arrive que plus c’est gros plus c’est impuissant. Ils pourraient économiser de l’argent autrement et je vais vous montrer la raison très simple : qu’est-ce qu’on va faire entre Aquitaine Poitou-Charentes et Limousin pour ce qui est de la capitale régionale ? Je vous parie que des capitales régionales il y en aura trois : une pour le législatif, une pour l’exécutif et une pour l’administratif. Et ce sera évidemment beaucoup plus cher car il n’y aura pas d’unité de lieu, pas d’unité d’action et pas d’unité de temps.
Il y a quelque chose d’absolument stupéfiant dans le discours de Manuel Valls : les conseils généraux devaient disparaître avant qu’on ne discute de la réforme et aujourd’hui les conseils généraux non seulement ne disparaitront pas mais il y en aura désormais de trois sortes : les conseils généraux « métropolisés », les conseils généraux « fédérations d’intercommunalité » et les conseils généraux « maintenus ». Ne me dites pas que c’est cela la simplification du millefeuille français ! On fait tout cela pour quoi ? Pas pour améliorer l’efficacité des services, pas pour faire des économies… On fait tout cela pour une seule raison : avoir une réforme au palmarès et faire croire à Bruxelles que la France est en train de se réformer. On nous trompe et on essaye aussi de tromper nos partenaires européens. Ceci n’est pas digne du gouvernement de la France et de la démocratie.

Je suis obligé d’aller vite, bien que j’aimerais consacrer beaucoup de temps au sujet que je vais traiter : la reconquête de l’Éducation nationale. C’est ce que je crois essentiel, ce que je crois de plus important pour le pays et je veux simplement rappeler que sur au moins trois sujets on manque à cette obligation par défaut de vision et de capacité à entrainer la communauté humaine qu’est l’Education nationale. J’ai exercé cette responsabilité pendant de longues années et j’en suis sorti avec l’amitié et l’estime que je porte au monde de l’éducation mais aussi le sentiment que vous pouvez parfaitement réfléchir et changer les choses avec lui. Il y a en France une légende qui veut que ce soit un monde maudit et d’ailleurs on voit des ministres de l’Education successifs qui sortent épuisés, décomposés, défaits, après avoir exercé leur fonction. Moi je me porte en faux : je crois que c’est une communauté humaine de haute conscience, avec quelques travers, quelques défauts, quelques réflexes non totalement maitrisés, notamment quand il s’agit de revendications de postes. Mais sur le fond, par l’esprit, la connaissance et la compréhension des questions, on peut discuter de l’école et avancer avec elle.

Je veux juste signaler que nous avons trois chantiers immédiats devant nous. Le premier concerne les fondamentaux : la lecture, le calcul, l’écriture. Permettez-moi au passage de dire à quel point beaucoup de Français, beaucoup de femmes et d’hommes humbles ont été choqués d’entendre dire par le Ministre de l’Économie que les ouvrières de Gad étaient probablement illettrées. C’est une blessure et je voudrais vous dire pourquoi : ce que le ministre ne sait pas, c’est qu’il y a aussi des gens diplômés, qui ont fait bac+2 et qui sont souvent là car le marché de l’emploi étant ce qu’il est, on ne trouve pas d’emploi par ailleurs. Deuxièmement que le mot « illettrées » ça peut cacher un certain nombre de difficultés : je suis entré dans la vie politique par la présidence du Groupe permanent de lutte contre l’illettrisme. Ce n’est pas la même chose de dire qu’il y a un problème d’illettrisme en France et de traiter quelqu’un d’illettré. Il se défend en disant qu’il appelle un chat un chat : ce n’est pas-du-tout la question. Je demande qu’on appelle un chat l’incapacité dans laquelle se trouve l’action publique dans le monde éducatif et je demande que l’on n’utilise pas le mot « illettré »  comme quelque chose qui pourrait être ressenti que comme une injure à l’égard de femmes et d’hommes qui mènent la vie dure qui est la leur et qui ne sont pas responsables de la situation dans laquelle ils sont. Je demande qu’on réalise ce que c’est que de dire que la responsabilité du malaise et de la situation difficile d’un certain nombre d’entreprises viennent de la situation des employés et des ouvriers qui seraient pas à la hauteur de la tâche !

Oui, je veux dire que nous avons un grand problème de transmission des fondamentaux. Vous savez bien les chiffres : 30% des élèves qui devraient parfaitement maitriser l’écriture sont en difficulté devant la lettre et le sens de ce qu’ils écrivent. Il est nécessaire, il est un devoir de travailler sur cette transmission et de manière plus efficace qu’aujourd’hui, dans une époque où par exemple il existe des instruments numériques pour transmettre et répéter, pour multiplier les exercices qui vont de la lettre au son, puis au sens et enfin directement de la lettre au sens. Il y a beaucoup d’outils qui ne sont pas utilisés : le travail sur la transmission et les résultats de celle-ci doit être un impératif pour ceux qui veulent aller à la reconquête de l’Education nationale.

Deuxièmement on a un problème de culture, c’est évident. Je suis un défenseur de la culture générale. Alors on me dit : « Mais Monsieur, il y a Internet et tout est à disposition ! Il suffit de taper dans Google le bon mot et… » : Et bien non. Google est un outil formidable, je dirais même miraculeux. Si les générations précédentes avaient su que nous aurions à notre disposition sur la surface d’une feuille de papier toutes les bibliothèques du monde, elles seraient tombées en admiration devant cette innovation. Mais si vous n’avez pas la culture générale, qui est à la fois la carte et la boussole de la jungle qu’est Internet, vous n’avez aucune chance de vous en sortir. Le numérique n’est pas la seule réponse : la clé d’Internet c’est la culture générale élémentaire. Si vous voulez être progressiste, il faut être du côté des acquis et vous avez même le droit d’être un peu réac’, car sur ces sujets cette réaction là c’est le vrai sens de l’humanité. L’enseignement démocratique ne dépend pas des moyens. C’est un sujet difficile mais dont je supplie les actuels responsables de l’Education nationale de croire que c’est un sujet des plus fondamentaux : il faut que les enseignants et spécialement les jeunes puissent faire cours dans leur classe sans être insultés, chahutés. Entendez-moi bien : ils s’en vont. On est dans des temps de chômage, ils ont beaucoup de mal à trouver un emploi… Ils passent les concours et ils sont pris. Parce qu’ils n’osent pas dire que la situation qu’ils rencontrent dans leur classe est impossible pour eux, qu’ils sont plongés dans un tel chaos psychologique et culturel où il n’y a que bazar et agressivité, ils s’en vont. Personne n’en parle parce qu’on n’ose pas traiter ce genre de questions. Je considère cependant le calme dans la classe, le respect de cette règle qui fait qu’un enseignant –fût-il jeune – soit respecté et écouté comme principale. Il le faut, c’est une nécessité. Il faut prendre les décisions nécessaires en éducation civique. Il faut s’enquérir du sort des plus fragiles de nos enfants et prendre conscience que ceci est de la non-assistance à enfant en danger qui devrait être punie. Lorsque nous laissons ces choses abandonnées, ce sont les enfants qui sont abandonnés ce sont les enseignants que nous abandonnons, et nous devrions au contraire restaurer les enseignants pour instaurer les enfants.

Je voudrais aussi parler de la formation professionnelle. C’est impossible à supporter. Je sais qu’un certain nombre dans la salle vont me dire : « Enfin, François, vous ne vous rendez pas compte : la formation professionnelle c’est beaucoup d’emplois, c’est notre gagne-pain. Et puis ça ne fonctionne pas si mal. » Cela fonctionne très mal ! J’ai un souvenir formidable avec Balladur : nous étions autour de la table avec Édouard Balladur, François Fillon, Nicolas Sarkozy. Le ministre du travail veut aborder le sujet de la formation professionnelle. Jusqu’alors, l’antagonisme était total entre les organisations syndicales et les organisations professionnelles, chacun défendant sa position avec agressivité. Puis arrive le sujet de la formation professionnelle et là, mes chers amis, un climat d’unanimité onirique et de paix sociale absolue s’installe. Chacune des délégations, les unes après les autres, défendaient avec une assurance parfaite que la situation de la formation professionnelle était parfaite et qu’il ne fallait absolument rien y changer. C’était il y a vingt ans et je peux vous assurer que depuis rien n’a changé. La formation professionnelle va inégalement aux salariés et n’est pas une réalité constante et quotidienne de la société française comme elle devrait l’être. On est en défaut de ce point de vue et la reconquête du travail passe par une reconquête de la formation professionnelle qu’il faut orienter en priorité  vers les personnes qui en ont le plus besoin. C’est une nécessité.

Je vais aussi parler de nos règles et de nos codes. Je voudrais partir d’une idée simple qu’est la reconquête de la citoyenneté à tout égard : la citoyenneté politique, la citoyenneté sociale, la citoyenneté économique. Je veux parler d’une vieille maxime juridique dont nous devons faire une loi : « Nul n’est censé ignorer la loi ». Or les lois sont édictées non pas pour qu’elles ne soient pas ignorées, mais en réalité pour que personne ne les comprenne. C’est vrai dans le monde du travail, dans le domaine fiscal et probablement le domaine procédural. Toutes ces règles sont incompréhensibles pour le commun des mortels et des citoyens et sont devenues affaire d’antagonismes entre spécialistes d’un côté et spécialistes de l’autre. Le contrat que représente une règle ou un code est aujourd’hui inaccessible à tout citoyen et ceci est la raison principale de la défiance des entreprises, des salariés et des citoyens. C’est pour ça que nous sommes passés de 90% de CDI à 95% de CDD, c’est pour ça que personne n’ose plus embaucher, c’est pour ça que l’apprentissage est en situation de crise. J’ai rencontré des artisans qui me demandent « Pourquoi devrais-je prendre un apprenti alors qu’il n’a pas le droit de monter à l’échelle ?» Pourquoi prendrait-il en charge la paperasse et l’investissement que ça représente à partir du moment où l’on complique à ce point la vie des acteurs du monde économique. « Nul n’est censé ignorer la loi » doit obliger le législateur à écrire la loi de manière à ce que les citoyens puissent la comprendre quand ils la lisent, puissent l’apprendre par cœur, et savoir se défendre eux-mêmes sans avoir besoin d’avocat ou de syndicat. J’ai montré à la télévision l’autre jour les codes du travail suisse et français pour comparaison. Si en Suisse le travail était mal protégé, pensez-vous qu’il y aurait moins de 4% de chômage et qu’il y aurait 300.000 Français qui traversent la frontière chaque matin pour travailler pour des salaires 20 à 30% supérieur à ceux pratiqués en France ? Je ne veux pas faire un exemple de la Suisse mais j’admire un pays qui n’a pas de ressources naturelles, qui est puissamment exportateur, avec une monnaie très haute. Je préfèrerais un code du travail léger et compréhensible par tous, ce serait un progrès social. En matière de fiscalité, que font nos codes ? Je m’excuse pour ceux qui sont dans la salle mais ils assurent les revenus et la stabilité des conseillers fiscaux. C’est tellement incompréhensible et tellement lourd que chacun fait appel à un spécialiste pour apprendre comment contourner la loi. Et notre projet est que la loi soit rendue compréhensible par tous pour que le moins possible tente de l’éviter. Sans perdre de vue l’impératif de bonne gestion, je suis en train de dessiner un projet de société radicalement différent de celui choisi depuis probablement 12 ou 15 ans. Nous avons une vision qui consiste à ramener la confiance en rétablissant la compréhension mutuelle entre ceux qui ont la charge de respecter la loi, ceux qui ont la charge de l’écrire et ceux qui doivent la faire respecter. En regardant l’actualité récente, on se dit que se serait une grande révolution en France si les lois étaient telles que ceux qui les votent soient aussi respectueux des lois que ceux qui sont censés les appliquer.

Le dernier sujet avant de rentrer dans le vif de l’actualité : les institutions. J’ai depuis longtemps proposé dans le débat qu’on ait une collaboration en profondeur avec le citoyen sur le sujet de la moralisation de la vie politique. La vie politique est aujourd’hui source, pour le citoyen, d’ébahissement et de défiance absolue pour la raison que j’indiquais à l’instant. On comprend bien que dans plusieurs domaines, la loi des uns n’est pas la loi des autres. La loi que les uns sont obligés de respecter, les autres s’en affranchissent. Je demande que dans tous les secteurs la loi soit la même pour tous.
Je suis favorable et je défends depuis longtemps avec Charles De Courson le fait que les parlementaires acquittent le même impôt que les citoyens contribuables au nom desquels ils les votent. Ça n’a l’air de rien mais il est plus difficile de voter des augmentations des tranches d’imposition pour les classes moyennes si l’on est obligé de les acquitter soi-même et de rentrer le soir en disant à son conjoint ou à sa conjointe que la feuille d’impôt sera singulièrement alourdie l’année prochaine, comme pour l’ensemble des Français. C’est non seulement une précaution de justice et d’équité mais aussi une précaution civique contre l’excès auquel le débat public peut nous entrainer. Voilà un exemple de ce double respect de la loi, car la loi doit est la même pour tous, compréhensible par tous et appliquée à tous.

Je suis très sévère non pas sur nos institutions mais sur le fonctionnement qu’on tire de ces institutions. Exemple : est-il normal et légitime, alors que tous les citoyens s’inquiètent de la morale et des règles élémentaires de la vie publique et que les scandales s’enchainent, qu’on ait une loi de financement des partis politiques derrière laquelle on retrouve profusion de micros-partis. Presque un micro-parti par responsable politique, sauf chez nous : ce n’est pas autre chose qu’-une organisation industrielle pour détourner la loi qu’on met, par ailleurs, en devanture.
J’ai proposé cela depuis des années, je l’ai proposé à François Hollande en lui disant : « Il faut faire un référendum sur ce genre de sujets ». Cela aurait été un atout pour le pays et même un atout pour le Président de la République mais il n’a pas voulu le faire. A mon avis ce n’était pas une erreur, c’était une faute.

La moralisation de la vie publique est nécessaire pour rendre à notre action publique les règles élémentaires que toute démocratie doit respecter pour éviter les excès. Je le dis devant vous concernant la situation scandaleuse qui a été faite, par une décision du gouvernement, au réseau des autoroutes françaises. Décision que je suis allé à titre individuel, en tant que citoyen François Bayrou, combattre devant le Conseil d’État parce qu’il y a une loi absolue en France qui est que l’on ne peut pas aliéner le domaine public sans que ce soit voté par le Parlement. Mais comme le gouvernement de l’époque sentait bien que cela ferait débat et des vagues dans l’opinion, puisque les Français ne verraient pas le revenu régulier qu’on leur avait promis, on a refusé le débat au Parlement et l’on a publié un simple décret non discuté qui permettrait de privatiser la concession des autoroutes. Et que découvre-t-on aujourd’hui ? Exactement comme je l’avais annoncé, indiqué, écrit, dénoncé sur toutes les antennes : le rendement du financement des autoroutes est, pour ceux qui ont la chance de pouvoir consentir à un tel investissement, supérieur à 25% par an. C’est la Cour des comptes qui vient de le dire. Ces 25%, ils sont simplement enlevés aux citoyens que vous êtes ; vous les acquitter au péage, vous auriez dû en avoir le retour sur investissement mais ceci est désormais parti nourrir des intérêts privés qui n’ont rien eu de plus urgent, quand ils ont obtenu cette concession, que de sortir de la côte de la Bourse afin de ne plus avoir à dévoiler leurs comptes. Ceci aurait été évité si on avait simplement respecté les institutions et les règles et je m’honore d’avoir été le seul à aller dans ce sens.

De bonnes institutions et le respect de règles sont la garantie de l’honnêteté de l’action publique. Et dans l’affaire Tapie c’est la même chose. L’affaire Tapie ce n’est pas uniquement l’affaire de Bernard Tapie : c’est l’affaire d’un État qui de manière illégitime et illégale a donné à Bernard Tapie sans cause réelle et sérieuse 400 millions d’euros de l’argent du contribuable dont 45 millions d’euros de préjudice moral. C’est ça l’affaire Tapie. Et quand je lis cette semaine que le rapport de police établi à la demande de la Cour de justice de la République affirme que, contrairement à ce que l’on nous racontait depuis des années,  Bernard Tapie n’avait pas été floué lors de la vente d’Adidas au Crédit Lyonnais mais qu’il avait gagné 250 millions de francs de l’époque, je suis satisfait. Car je l’avais dit il y a 6 ans déjà. C’est une affaire de communication qui a entrainé la situation dans laquelle nous étions. J’ajoute qu’il n’est pas de jour où je n’ai honte que 45 millions d’euros au titre du préjudice moral ait été accordé dans une opération aussi illégitime et scandaleuse, alors que la mort d’un enfant vaut à ses parents, dont désormais la vie sera brisée, uniquement 30.000 euros de préjudice moral. C’est à dire que l’on a donné 1.500 fois plus à Bernard Tapie que pour la mort d’une enfant. Et c’est la République française qui l’a fait, pour une seule raison qui n’aura pas échappé à l’observateur attentif : le préjudice moral n’est pas imposable et il fallait donc en alourdir le poids dans la balance, pour que le bénéfice fût intact. Voilà ce qu’on a fait, en France, au XXIème siècle, dans une République dont la Constitution affirme qu’elle est démocratique et sociale. Je jure qu’il y a de quoi avoir honte et que nous avons bien raison de vouloir mettre un terme à ces dérives !

Marielle a longuement parlé de notre exigence européenne et de notre devoir européen donc je n’ai pas à le faire, je peux aller vers ma conclusion. Je veux vous dire simplement que tout se tient : l’intégrité des institutions ainsi que leur représentativité. Excusez-moi mais je tiens à faire remarquer que 98% des sièges de l’Assemblée nationale et du Sénat sont monopolisés par deux partis et leurs séides qui ont obtenu ensemble moins de 35% aux élections européennes. 35% des suffrages d’un côté, 98% des sièges de l’autre. Comment voulez-vous que la confiance se rétablisse à partir du moment où il n’y a pas de représentation ? Pas de représentation juste des courants politiques, pas de représentation favorisée des milieux sociaux, des origines, des sensibilités et de la richesse des différences. Marielle me dit « Et des femmes ! », c’est vrai. Chez nous, cette équité et cette influence là existent, ce n’est pas un hasard. Pas de représentativité, ça veut dire qu’il n’y a pas de légitimité pour les dirigeants et que donc il n’y a pas de résultats ni d’influence dans le grand chantier de l’Union Européenne, pas de rôle de la France dans le monde. Nous avons très longuement discuté de ce sujet hier soir et des incohérences que nous avons été les seuls à dénoncer en approuvant l’action au Mali sans ambiguïté et en nous opposant à l’idée qui était strictement contradictoire avec celle-là de bombarder la Syrie. Dieu sait que je ne suis pas un ami de Bachar El-Assad et j’ai protesté véhémentement au fait qu’on l’invite à la tribune lors du défilé du 14 juillet et qu’on invite Monsieur Kadhafi avec sa tente à Marigny pour une espèce de séance d’humiliation de la République. Mais convenez bien que c’est absurde de prétendre qu’on va intervenir au Mali pour mettre un terme à cette barbarie qui est en route et dont sont victimes la liberté de pensée, la liberté de croire, les droits de l’Homme. Je vous conjure d’écouter ce que je dis là : parmi les premières victimes il y a les Musulmans de France et du monde entier parce que c’est leur image qui est atteinte, c’est eux qui sont blessés, c’est eux qui sont regardés du coin de l’œil, c’est eux qui sont soupçonnés alors que pour nous ils sont des concitoyens et nous avons bien l’intention que dans notre société française le sentiment qui existe entre concitoyens soit un sentiment respectueux et fraternel. C’est cela ce que nous voulons et nous nous battrons pour que les dérives, les excès, les terroristes et les totalitaires ne l’emportent pas au sein du monde dans lequel nous vivons. Voilà sur ce point les incohérences avec lesquelles on a vécu pendant longtemps.

Je voudrais finir sur l’actualité. J’ai lu dans le journal que Nicolas Sarkozy avait annoncé sa candidature à la Présidence de l’UMP. Je n’y ai pas éprouvé un sentiment de grande surprise et puis c’est un débat interne à une formation politique à laquelle je vous rappelle que nous n’appartenons pas et à laquelle je vous ai demandé de ne pas appartenir. Je n’ai pas grand doute sur le fait qu’il emportera l‘adhésion de ses militants ; c’est leur responsabilité et c’est la sienne, je n’ai pas l’intention de me spécialiser dans quelque anti-sarkozisme que ce soit. J’ai affronté Monsieur Sarkozy quand il était au fait du pouvoir, au sommet de l’influence, et que tout-le-monde se rangeait et se pliait devant lui. Cela n’a pas été notre cas ni le choix que j’ai fait.
Mais il y a une chose que je veux dire : il est dans la déclaration de Nicolas Sarkozy un aspect de ce débat qui concerne le centre dans sa responsabilité et dans son existence. Ce qui est annoncé est une tentative, de plus, de fusion-absorption du centre dans une réédition de l’UMP. Je dis une réédition parce que, si je me souviens bien, normalement, l’UMP était bien le « parti unique de la droite et du centre ». Et on nous dit : alors maintenant on va faire le parti unique de la droite et du centre, à partir de l’UMP qui était déjà le parti unique de la droite et du centre et avec d’autres formations du centre, l’UDI pour ne pas la nommer.

Or je veux vous dire ceci, simplement mais gravement : la politique française a besoin de tout sauf d’un parti unique. La vie politique française aujourd’hui, elle a le plus grand besoin d’échapper à la mainmise d’un appareil unique, d’une organisation unique, de courants internes d’un appareil unique, de luttes de courants internes d’un appareil unique, des habitudes et des dérives que nous ont imposé depuis des années le monopole du PS et de l’UMP. On ne va pas aller dans ce sens, on va aller contre cette logique.

Et donc ce que je dis devant vous, non pas sur facebook mais devant une salle engagée, ce que je dis devant vous c’est qu’il faut exactement le contraire. Il faut du débat, il faut de la liberté de pensée, il faut de la confrontation d’idées, il faut non pas des satellites et des soumissions, mais il faut des égaux, des partenaires de plein exercice, des gens différents, des expériences différentes, des convictions et pas des soumissions. C’est ça qu’il faut aujourd’hui à la France.
Et je dis devant vous et en votre nom que la tentative toujours recommencée de soumettre subrepticement le centre, je suis garant qu’elle ne réussira pas plus aujourd’hui qu’elle n’a réussi hier. La vocation du grand courant démocrate et républicain, du grand courant du centre français, ce n’est ni la disparition ni la soumission ni la mise aux enchères, c’est la liberté et l’indépendance, pour que triomphent non pas les intérêts de camps et de clans, mais l’intérêt général et le bien commun.

Je suis garant de l’indépendance, de la liberté de pensée, de la souveraineté dans ses choix de ce grand courant de pensée, le plus riche sans doute ou parmi les plus riches de la tradition politique française. L’existence du centre, libre, porteur de valeurs et enfin uni – je m’adresse à nos amis de l’UDI en particulier -, l’existence de ce centre, libre et porteur de valeur et enfin uni, c’est la garantie pour tous les Français, qu’ils pensent comme nous ou non, du droit au pluralisme qui est l’expression élémentaire de la démocratie. Et je suis garant, devant vous et en notre nom que personne, aucune manœuvre ne privera les Français de ce droit au pluralisme et au dialogue, et s’il le faut, du droit à la confrontation entre la diversité des courants politiques et des visions de l’avenir de notre pays. Je suis le garant de cela, devant vous et en votre nom. Et si l’on voulait limiter le débat à l’affrontement entre ce qui est aujourd’hui l’échec du PS et ce que fut hier l’échec de l’UMP, alors on donnerait au Front national le monopole de la protestation et de la contestation, c’est le plus beau cadeau à lui faire, c’est un jour ou l’autre son succès assuré, et nous sommes ceux qui pouvons et devons empêcher cette simplification mortifère.

Et je veux dire en votre nom enfin, que cette liberté, cette intégrité, n’empêchent en rien les ententes, les alliances, les rassemblements. Au contraire, on s’entend mieux quand on est pleinement soi-même, pleinement investi de son histoire et de sa vision. Nous affirmons que les rassemblements sont nécessaires en cette terrible période de doute. Et j’ai montré ces dernières semaines qu’il était des rassemblements possibles, avec des personnalités que nous considérons, regardons – au-delà de nos rangs – comme parfaitement estimables et compatibles avec les valeurs et les visions que nous portons. C’est parce qu’on est pleinement soi-même qu’on peut s’entendre avec les autres et que le jour où l’on s’entend avec les autres, alors les Français sont rassurés parce qu’ils sentent bien qu’il n’y a pas confiscation mais qu’il y a construction, et c’est cette construction que nous avons proposée pendant ces trois jours.

Vous sentez bien ce qu’il en est derrière ce que je viens d’énoncer avec vous pendant ces trois jours, que nous avons approfondi à la fois du point de vue de l’expérience de la réalité, et aussi de la réflexion de ce qu’on peut proposer à un pays. Derrière cette prise de position politique il y a quelque chose d’infiniment précieux. C’est un projet de société que nous défendons là. Ce n’est pas seulement la poursuite de ce qui existe, ni le « changer pour changer », c’est un projet de société dans lequel il y a la prise en compte des intérêts matériels, c’est bien le moins, d’une grande partie de notre peuple qui souffre, de ses intérêts moraux, de ses intérêts culturels, si j’osais aller au bout de ma pensée, je dirais de ses intérêts spirituels. C’est cela que nous avons tous ensemble à l’esprit, que nous avons bâti et que nous allons, n’en doutez pas, dans les mois qui viennent proposer aux Français pour apporter la seule réponse possible à l’angoisse qui aujourd’hui les mine et qui est celle-là notre pire ennemie.

Je vous remercie. »

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« C’est une situation intolérable pour les citoyens »

Posté par auplaisirdesyeux le 13 septembre 2014

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Hier invité de Ruth Elkrief sur BFMTV, François Bayrou a abordé l’actualité politique et sociale de la France. Le constat, amer, appelle au renouvellement alors même que le PS et l’UMP poursuivent leur « effondrement ».

Bonsoir François Bayrou.

Bonsoir.

Merci d’être l’invité de BFM TV. Vous présidez le MoDem et vous êtes bien sûr maire de Pau. Manuel Valls a dit aujourd’hui qu’il ne voulait pas de la voix de Thomas Thévenoud dans le vote de confiance. Il souhaite qu’il démissionne, et même s’il vote pour lui, il n’en veux pas. Est-ce clair pour les Français ?

C’est une situation insupportable, tout le monde le sait bien. Il y a une forme de dérive personnelle dans tout cela qui est une disqualification.

Mais la position du Premier ministre qui dit aujourd’hui « je ne veux pas, il faudrait qu’il démissionne », c’est une manière de démentir des arrangements et c’était l’accusation de l’UMP notamment ?

C’est une situation intolérable pour les citoyens avec laquelle le monde politique s’arrange plus ou moins.

François Hollande affirme dans Le Nouvel Observateur dans sa conversation avec Serge Raffy : « Aucun sondage, aucun remous ne me fera partir ». Avant même les tempêtes de ces dernières semaines, vous aviez dit qu’il y avait plusieurs solutions : referendum, démission ou dissolution de l’Assemblée nationale. « Aucun remous ne me fera partir… », vous y croyez ?

Ce que François Hollande dit entre les lignes c’est que le choix qu’il fera en cas de crise politique, c’est la dissolution. Et c’est le choix que les institutions prescrivent. Pour moi, ce n’est pas une surprise. On ne peut pas faire partir un Président de la République parce que ce serait un putsch. Tout le monde le sait, on l’a vérifié avec François Mitterrand, on l’a vérifié avec Jacques Chirac, c’est cela la logique institutionnelle. Mais il faut mesurer la profondeur de la crise, il faut mesurer la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons. On vient d’annoncer aujourd’hui que naturellement, aucun des objectifs – non seulement que nous avions fixés – mais auxquels nous nous étions solennellement engagés – ne sera respecté. D’autre part, cela se passe dans un trouble profond de la société française, caractérisé par le fait que les revenus de chaque famille baisse. Cette année une fois de plus. Cela veut dire quelque chose de très important, de très grave, et le climat de confiance en est profondément atteint. C’est cela que les politiques doivent avoir en tête. Et j’imagine que c’est autour de ce désarroi que la crise politique est nouée.

D’une certaine façon, qu’est-ce que vous feriez si vous étiez à la place de François Hollande aujourd’hui ? 

A la place de François Hollande, j’aurais pris les décisions qui s’imposaient dans les premières semaines de son élection. Et je ne dis pas ça en l’air parce que j’ai eu des échanges et des dialogues extrêmement argumentés avec lui, pour essayer de lui faire comprendre que ces décisions s’imposaient, que son programme n’était pas un programme soutenable et qu’il fallait qu’il s’adresse au pays les yeux dans les yeux pour changer ce qui devait l’être au niveau économique, au niveau de la société et au niveau institutionnel. Il ne l’a pas fait et je crains que cela ne soit trop tard.

Vous avez témoigné, en quelque sorte, en sa faveur, après le livre de Valérie Trierweiler, vous avez dit : « J’ai beaucoup parlé dans ma vie avec François Hollande avant qu’il ne soit président et je n’ai jamais vu le moindre indice de cette méchanceté, de cette condescendance, de cette manière de regarder avec mépris qui que ce soit ». Il vous en a été reconnaissant ? Il vous a appelé ? Il vous a remercié ?

Je ne cherche pas de reconnaissance. J’essaie d’être honnête dans les débats, les heurts politiques. Quand vous fréquentez quelqu’un, même si vous n’êtes pas de son parti, si vous avez des désaccords profonds avec lui, vous sentez quel homme, quelle femme vous avez en face de vous. Parce que c’était honnête pour moi de le dire – alors qu’il y avait beaucoup d’exploitation autour de cette phrase des « sans-dents » – j’ai dit que je n’ai jamais vu ni dans sa bouche ni dans ses attitudes ni dans sa manière d’être, ces signes de mépris à l’égard des faibles, qui peuvent exister dans le monde politique mais que je n’ai jamais vu chez lui.  Comme il était attaqué, vilipendé, il m’a semblé qu’il était honnête de le dire.

Vous n’attendiez rien de cela ?

Rien, d’aucune sorte. Mais dans l’engagement qui est le nôtre on doit faire les choses sans en attendre quelque chose, parce que, autrement, on n’est pas digne du travail que l’on fait. Un des plus beaux adjectifs pour moi c’est « civique ». Le civisme est pour moi ce qu’il y a de plus important, c’est à dire qu’on considère tous que l’on est là pour apporter sa pierre à l’intérêt général. Alors il faut le dire sans emphase, sans faire de grands mots, sans grandes phrases mais je trouve que c’est mieux quand on a cela à l’esprit que lorsque l’on croit que l’on est là uniquement pour soi-même.

François Hollande va en Irak dès vendredi et annonce une conférence internationale, Laurent Fabius, lui, annonce ce soir que la France participera aux attaque aériennes contre l’EIL Cela devrait se dérouler sur l’Irak et peut-être sur la Syrie. Est-ce que vous approuvez ?

J’approuve la participation de la France à la lutte contre cette barbarie. Ce qui est en jeu là, c’est à dire des mouvements structurés, organisés pour anéantir le droit élémentaire des êtres humains de croire ou de ne pas croire. Pour moi, ce droit est un droit de l’Homme. Il y a une organisation internationale qui a décidé, pour imposer sa loi religieuse, d’anéantir ce droit. Toutes les sociétés civilisées, au sens humaniste du terme, doivent unir leurs forces pour mettre un terme à cette barbarie. C’est la raison pour laquelle je m’étais opposé aux bombardements prévus en Syrie.

C’est pourquoi je vous en parle, parce qu’il y en aura peut-être des bombardements sur la Syrie mais pas contre Bachar al-Assad, là contre l’EIL, et là vous approuvez ?

Dieu sait que je n’ai aucune indulgence à l’égard de Bachar al-Assad, mais je dis avec la gravité qui s’impose que l’Occident, les États-Unis pour leur compte, la France pour le sien, ont une responsabilité dans la guerre d’Irak, dans ce qui s’est passé en Libye sur le déchainement de ces forces et le chaos sur lequel elles se développent. Nous avons commis un grand nombre d’erreurs. J’avais soutenu Jacques Chirac, à l’époque où il a décidé de s’opposer à la guerre en Irak, et je me suis moi-même opposé à ce qui s’est passé en Syrie et j’ai soutenu François Hollande sur le Mali. Tout cela, c’est une cohérence au travers du temps, on est en train de vivre un déchainement de forces qui sont une menace de premier plan contre ce que nous avons de plus profond c’est à dire le droit élémentaire qui est celui de chacun de nous.

Est-ce que Manuel Valls obtiendra la confiance et est-ce qu’il pourra faire voter son budget avec des résultats comme cela ?

Arithmétiquement, il obtiendra la confiance, il n’y a aucun doute de ce point de vue là. Je pense qu’il y aura des mouvements sur le budget, on ne connaît pas encore le budget donc je ne peux pas le dire. Mais, que nous ne connaissions pas encore le budget, c’est un indice de la difficulté puisque l’on a repoussé de quelques dix jours la présentation du budget. Et donc il ne sera présenté que le 1er octobre, ce qui n’est pas le calendrier qui avait été choisi.

Bruxelles rappelle Paris à l’ordre aujourd’hui.

Mais cela n’est qu’un début. Tous les pays européens ont fait des efforts considérables pour essayer de rapprocher les déficits d’un montant soutenable, la France aussi, on a même été en première ligne. Et puis cela fait combien d’années ? 6 ans ? 7 ans que nous ne respectons aucun des engagements que nous avons pris

Ceux qui viendront au pouvoir plus tard le feront, on en reparlera. Maintenant, Pierre Moscovici osera-t-il mettre à l’amende la France ? C’est le nouveau commissaire européen aux Affaires économiques.

Mais ce n’est pas Pierre Moscovici qui décide. Il y a dans la Commission européenne une démarche communautaire, commune. C’est un collège, chacun n’est pas maitre chez lui et donc je pense qu’il va y avoir une tension entre les instances européennes et la France parce que nous n’avons pas respecté nos engagements. Ce n’est pas à l’égard de Bruxelles que nous avons ou que nous devons avoir des engagements, c’est à l’égard de nos enfants, de notre peuple. Ce que nous sommes en train d’accumuler comme faiblesses, comme fragilités comme incapacités, ce ne sont pas les Européens qui le paieront. C’est nous. Ce sont les générations qui sont là et les générations qui viennent, et cela va peser comme un boulet sur notre avenir national. Quand vous faites des dettes, ce n’est pas le voisin qui les paie, c’est vous-même.

Nicolas Sarkozy va revenir, plus de doutes là-dessus.

Il n’y en a jamais eu, pour moi.

Oui, vous n’en avez jamais eu. Le 24 août dernier, vous aviez l’impression qu’il n’avait pas beaucoup changé. Vous l’attendez ce retour ou vous le redoutez ?

Je ne suis pas membre de l’UMP et j’ai, depuis très longtemps, exprimé une analyse différente de celle d’un parti unique à l’intérieur duquel tout le monde se retrouverait. Depuis longtemps, j’ai vu venir le double effondrement du Parti socialiste et de l’UMP qui fait le cadre de ce que tous les Français pensent aujourd’hui.

Mais il promet qu’il va tout changer, du plancher au plafond.

Sans doute, on verra ce qu’il promet, on verra ce qu’il tient. Mais moi je sais en tout cas ce dont la France a besoin : une puissante force de renouvellement. Pas de réédition ou de restauration de ce qu’il y avait avant. De cela on en a fait le tour.

Le risque est que ce sera une réédition ?

Si vous êtes une observatrice attentive et tous ceux qui nous regardent savent de quoi il s’agit, c’est à dire de reprendre le pouvoir. Mais je suis, pour ma part, absolument certain que cela ne suffit pas de reprendre le pouvoir par un coup de balancier électoral. On a déjà essayé 5 fois, 8 fois, 10 fois. Ce qu’il faut c’est une démarche humaine, intellectuelle, une compréhension des choses et une volonté, un courage qui pour l’instant a fait défaut, en raison de ces institutions qui monopolisent autour de 2 partis le pouvoir en France depuis très longtemps.

C’est Alain Juppé qui pourrait être l’homme de ce renouvellement ? Vous êtes très proche de lui, vous l’avez souvent dit ; il a dit aujourd’hui dans Valeurs actuelles que « Nicolas Sarkozy est mon principal concurrent ». C’est lui le véritable candidat du centre-droit ?

Je ne veux pas dire les choses de cette manière. Dans le renouvellement que je plaide devant vous, dans le besoin de reconstruction que la France éprouve, il faut changer une attitude politique qui est le chacun pour soi. Il faut que l’on soit capable de s’allier et de se retrouver quand on a les mêmes idées et plus encore les mêmes valeurs. Au fond, quand on voit l’avenir, les rapports humains et de société de la même manière, il faut que l’on soit capable de se rencontrer même quand on a été séparé dans le passé ; et cela sera un facteur considérable pour que la confiance se retrouve.

Je voudrais vous citer Laurent Wauquiez, dans Le Monde, qui dit « Une alliance avec le MoDem n’est pas la bonne réponse contre le Front national, ce serait une lourde erreur, les Français balaieront ces stratégies d’État-major et veulent qu’on réponde aux questions de la vie quotidienne. Nicolas Sarkozy, lui, secoue les tabous ».

S’il y a une chose dont je suis certain, c’est que cette vision que je défends devant vous et que vous évoquez, ce ne sont pas des stratégies d’État-major. Ce sont des responsables politiques qui sont conscients, je crois, profondément de ce qui se passe.

C’est un ticket alors ? C’est une alliance de fond ? Vous voulez allez à Matignon avec lui ? Qu’est-ce que c’est ?

Non. Tout le monde flingue tout le monde dans la vie politique française. Pour une fois, qu’il y a des responsables politiques – et pas seulement deux, j’espère beaucoup plus – qui sont capables de penser l’avenir ensemble au lieu de le penser les uns contre les autres, au moins faisons crédit que quelque chose de ce point de vue là change. Et moi, j’essaierai de faire en sorte que la vision de ce travail, de cette équipe – si elle se constituait – prenne pour une fois en charge ce qu’il y a de plus profond dans la crise que nous vivons.

Merci beaucoup François Bayrou.

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« Ce qui manque est absolument essentiel : la confiance »

Posté par auplaisirdesyeux le 31 août 2014

Depuis le studio numérique installé dans sa mairie, François Bayrou a jugé ce soir sur i>Télé qu’il était impossible de reconstruire l’élan nécessaire pour que le pays s’en sorte sans retrouver la confiance des Français.

Notre invité ce soir dans Tirs croisés est François Bayrou, maire de Pau et président du MoDem. Bonsoir Monsieur Bayrou. C’est une première ce soir : nous inaugurons avec vous votre studio numérique en direct de la mairie de Pau.

Monsieur Bayrou, vous demandiez dès dimanche soir la démission du gouvernement Valls I, le gouvernement a été nommé hier. Comment qualifiez-vous cette nouvelle équipe gouvernementale : est-elle cohérente selon vous ou pas ?

On voit bien en tout cas qu’il y a un axe clair dans les mots, dans les affirmations. Maintenant la question va être les actes et le soutien. Comme vous le voyez, ce qui risque de manquer au gouvernement, c’est le soutien de l’opinion et le soutien d’une majorité. Les affrontements internes sont très vifs, très importants, très haineux par moment et ce sont des oppositions sur le fond. Il n’y a plus aujourd’hui une majorité ou une gauche. Il y a deux gauches qui sont en guerre l’une avec l’autre : la guerre des deux gauches qui va marquer pour de nombreuses années la vie politique française, qui était en germe depuis longtemps, que tout le monde voyait et qui se réalise aujourd’hui sous nos yeux. C’est là que va se situer la principale faiblesse, le principal talon d’Achille du nouveau gouvernement.

Visiblement François Hollande et Manuel Valls ont essuyé un certain nombre de refus de personnalités pour entrer dans le gouvernement. Est-ce que vous avez été contacté vous-même François Bayrou ?

Non, je n’ai pas été contacté et pour une raison très simple : Manuel Valls et François Hollande savaient que j’aurais dit non, faute que les circonstances ou les conditions d’exercice du pouvoir soient celles qui me paraissent absolument nécessaires pour que réussisse une politique réformatrice.

À quelles conditions auriez-vous accepté ?

D’abord, cela ne se fait pas comme cela, par foucades ou par humeur. Mais vous savez que depuis des années, j’ai indiqué qu’avec ce mode institutionnel, avec l’affirmation de l’opposition entre droite et gauche et avec l’impossibilité de fixer un cap compréhensible, on était dans l’échec. Aujourd’hui ce qui manque est quelque chose d’absolument essentiel : la confiance. Je ne le dis pas seulement pour l’exercice du pouvoir, je le dis aussi pour l’économie et pour les chiffres du chômage que nous avons sous les yeux. Tant que les Français, les familles, les entreprises ne retrouveront pas la confiance, il est impossible de reconstruire l’élan nécessaire pour que le pays s’en sorte. Or, c’est cette confiance qui manque, car l’on voit bien les affrontements, les tensions et on ne voit pas du tout d’issue. Le nombre de personnes que j’ai rencontrées aujourd’hui dans les rues de Pau et qui m’ont dit « mais où va-t-on ? », « comment va-t-on s’en sortir ? » ; c’est exactement cela qui explique le fait que les entreprises n’investissent pas et les ménages n’achètent pas. C’est cette confiance qui va manquer cruellement et c’est cela qu’il faut reconstruire.

Néanmoins, la clarification de la politique économique de Manuel Valls a eu lieu. Il est épaulé d’Emmanuel Macron à Bercy. Est-ce une bonne chose selon vous ?

Je ne connais pas Monsieur Macron, je le connais seulement de réputation. C’est quelqu’un qui a une bonne réputation. Ce qui va peut-être manquer c’est l’expérience de la vie quotidienne réelle des entreprises d’en bas – du terrain -, des petites et moyennes entreprises. Je faisais tout à l’heure une réflexion à des amis qui m’entouraient à Pau. Je leur disais que ce qui me frappait, c’est que quand un homme comme René Monory – disparu aujourd’hui – a été nommé au gouvernement, c’était un chef de petites et moyennes entreprises. Il avait de l’économie non pas une connaissance théorique ou conceptuelle, mais une connaissance réelle et pratique de ce qu’étaient une entreprise, un garage, un compagnon, une équipe de compagnons. Cela a fait, je crois, beaucoup de bien au pays.

Vous parliez tout à l’heure de la crise politique qui n’est pas terminée selon vous Monsieur Bayrou. Selon un sondage du Parisien, 63% des Français sembleraient souhaiter la dissolution de l’Assemblée nationale, une partie de la droite aussi. Et vous, est-ce que vous pensez qu’elle est envisageable, est-ce que vous pensez qu’elle est souhaitable ?

Je pense que la dissolution est la sortie de crise que prévoient nos institutions. Il y a trois voies possibles, trois options possibles : la première est un referendum. Je ne crois pas que François Hollande s’y risquera. Il aurait dû le faire au début. Je le lui ai recommandé mais il n’a pas fait ce choix. Un referendum qui permettrait au pays de se prononcer sur des choix fondamentaux de la politique. Mais je crois qu’il ne le fera pas, par risque de le perdre. La deuxième option est une démission. Le Président de la République qui dit « on va remettre devant le pays les responsabilités qui sont les nôtres et le pays choisira ». Je crois qu’il ne le fera pas non plus. Donc il ne reste qu’une option, qui est celle de la dissolution de l’Assemblée nationale. On revient devant le pays pour rebattre les cartes et rendre aux citoyens leur liberté de choix.

Dans ce cas-là, une cohabitation serait ouverte. L’UMP envisage de ne pas participer à une cohabitation. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Ce sont des débats qui ont déjà eu lieu dans notre histoire récente. Moi, je suis obligé de dire, ayant beaucoup réfléchi à cette question, que je ne connais pas la réponse. Comment, si on gagne les élections, peut-on obliger le Président de la République à démissionner ? Sauf à faire un coup d’État, sauf à assaillir l’Élysée et les lieux de pouvoir ou alors à dire au pays « nous ne gouvernerons pas »… Mais vous ne pouvez pas vous présenter devant le pays en disant « nous ne gouvernerons pas ! ». Les Français ont une logique de bon sens qui est rude. Ils diraient par hypothèse « vous avez une majorité », « vous prétendez avoir des idées et des équipes, alors rassemblez-vous et tirez-nous des difficultés dans lesquelles nous sommes ». L’idée que l’on organiserait une espèce de putsch constitutionnel ne me paraît pas crédible et raisonnable. On va avoir l’occasion d’en parler parce que je crois comme vous que ceci va être une des questions des semaines et des mois qui viennent. En tout état de cause, un républicain respecte les institutions et les institutions c’est que chacun dans son rôle, on assume les responsabilités que l’on doit au pays.

Pour l’heure, l’UMP est totalement divisée. Alain Juppé s’est récemment déclaré candidat à la primaire et vous l’avez soutenu d’ailleurs dans cette démarche. On parle beaucoup du retour de Nicolas Sarkozy : est-ce que vous pensez qu’il va prétendre à prendre la tête du parti, l’UMP ?

En tout cas jusqu’à ce jour, tout montre que c’est le choix qu’il va faire. Il y a eu beaucoup d’indices de la part de Nicolas Sarkozy que c’était le choix qu’il s’apprêtait à faire : reprendre la tête du parti qu’il a représenté à la tête de l’élection présidentielle.

Est-ce que c’est une bonne nouvelle pour l’UMP ?

C’est aux adhérents de l’UMP d’en décider. Comme vous le savez, ce n’est pas mon engagement politique. Mon engagement politique est simple, il consiste à tout faire pour qu’une force politique se constitue, qui soit une force de renouvellement de la vie du pays. Notre responsabilité est de faire que le centre se réunisse pour être solide, costaud, imaginatif, volontaire. Toutes les petites querelles, dissensions doivent s’effacer et les gens de bonne volonté accepter de se mettre au service de la réponse à une situation qui n’a jamais été aussi grave. On vient d’avoir à l’instant les chiffres du chômage et il s’agit de 26 000 chômeurs de plus, donc on est sur le rythme de presque 300 000 chômeurs supplémentaires par an ! Vous voyez de quelle gravité la situation est aujourd’hui marquée.

Justement le Premier ministre et le Président misent tout sur le pacte de responsabilité. Est-ce que c’est le pacte de la dernière chance pour l’économie française selon vous ?

Il faudrait d’abord qu’il soit appliqué. Il y a une raison de doute très profond chez les Français, c’est qu’ils entendent les mots et ils ne voient jamais les actes. Il existe une immense distance entre les écrans comme le votre, les déclarations, les fanfaronnades parfois, les affirmations qui veulent avoir l’air historiques et les actes… Tout cela se délite avec le temps, disparaît, n’existe plus et alors on est devant un gouffre d’incompréhension. Les gens ont le sentiment – et nous sommes comme eux – que plus on parle en haut, moins ça change en bas. Ce relais entre la parole politique et la réalité, c’est là que le bât blesse, c’est là qu’il y a le problème, c’est là qu’il y a la fracture. On parle de pacte de responsabilité. Ni vous ni moi ne savons précisément ce qu’il y a dedans ! Ce qu’il y aura quand il sera voté – s’il l’est, parce que l’on est seulement en première lecture – tout cela désespère les gens.

Une dernière question à propos de Christine Lagarde : elle a été mise en examen aujourd’hui dans l’affaire Tapie – Crédit Lyonnais. Doit-elle démissionner de son poste selon vous ?

Je ne veux pas entrer dans le sujet. Je veux seulement dire ceci à ceux qui comme moi se sont engagés au début de cette dramatique affaire pour une certaine idée de l’État et de la République : 400 millions d’euros dont 45 millions de préjudice moral alors qu’hélas quand un enfant est tué, le préjudice moral est de 30 000 euros, c’est 1 500 fois plus qui ont été accordés ! Avoir dit depuis le début « attention, ce qui se passe là n’est pas normal », l’avoir dit seul pendant longtemps contre tous et voir aujourd’hui que les éléments s’accumulent, c’est d’une certaine manière avoir le sentiment que la justice trace son chemin. Après, c’est à elle de prendre ses décisions.

Donc Madame Lagarde ne doit pas démissionner ?

C’est sa responsabilité et celle du conseil d’administration du FMI. Je n’ai pas l’impression qu’ils aient l’intention d’y répondre comme vous, par oui et non.

Merci beaucoup François Bayrou.

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« Nous avons besoin d’une pensée forte et de personnalités fédératrices ! »

Posté par auplaisirdesyeux le 26 juillet 2014

http://www.dailymotion.com/video/x21ju31

 

Que penser de la réforme territoriale ? En quoi la désignation de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne signe une nouvelle étape pour l’Europe ? Comment corriger les dérives de la société ? François Bayrou a répondu à toutes ces questions ce matin au micro de France Inter.

Marc Fauvelle – Bonjour François Bayrou.

François Bayrou – Bonjour.

Neuf mois de prison ferme pour une ancienne candidate du Front National aux municipales qui avait publié sur internet un photomontage comparant Christiane Taubira à un singe, quels commentaires ?

Je trouve la condamnation très dure et très forte pour des propos qui étaient très durs, très offensants, blessants. C’est peut-être l’occasion de rappeler à ceux qui se livrent à de tels propos ou acceptent de telles caricatures que ce n’est pas seulement interdit par la décence et la morale, c’est interdit par la loi ! Cela dit, c’est très dur bien sûr.

Trop dur ?

Non, je ne veux pas dire ça. La violence de la blessure est extrême et le tribunal de Cayenne en a jugé ainsi. Il faut imaginer ce que de tels propos représentent pour des millions de Français, pour des dizaines, centaines milliards d’hommes et de femmes dans le monde, qui simplement à cause de la couleur de leur peau sont rapprochés, comparés à des animaux. C’est extrêmement violent. On voit là quel est le jeu des deux violences : la violence des propos et la violence de la loi qui lui répond ou essaie de lui répondre.

Décision critiquée par le Front National qui parle de décision politique et qui rappelle que le président de ce tribunal de Cayenne en Guyane est membre du syndicat de la magistrature dont la présidente est mise en examen pour injure contre le Front National. Voilà un débat qui relance ou pas la possibilité pour les juges de se syndiquer.

Pour moi, c’est extrêmement simple : chaque fois que l’on met en cause des magistrats au nom de leurs opinions ou des opinions qu’on leur prête, au nom de leurs rassemblements syndicaux ; on ne respecte pas ce que doit être l’équilibre d’une démocratie et je le dis pour toutes les circonstances présentes. Je ne crois pas que l’on puisse s’en sortir. C’est comme si un parent d’élève disait « je veux un enseignant qui soit de mes opinions » ou « je récuse le professeur de français ou d’histoire parce qu’il n’a pas les mêmes opinions que les miennes, il est trop à gauche ou trop à droite ». Je ne crois pas que ce soit de bonnes méthodes.

Les attaques de Nicolas Sarkozy contre les juges, ce n’était pas digne de l’ancien chef d’État qu’il est ?

Je ne prononce pas des mots comme ça. Je pense que l’idée selon laquelle on récuse un magistrat a priori en raison de son engagement syndical est une idée qui ne tient pas la route. Si vous êtes voyageur sur un train SNCF et que vous récusez un contrôleur parce qu’il n’a pas les mêmes opinions politiques ou le même  bulletin de vote que vous, vous voyez que l’on arrive très vite aux limites de l’organisation de la société. Heureusement que des gens ont des opinions différentes et cependant que ceux-là sont capables de respecter la plus absolue neutralité, objectivité. Ce n’est pas parce que vous êtes un enseignant marxiste que vous ne pouvez pas enseigner les guerres de religion. Ou réciproquement, ce n’est pas parce que vous êtes chrétien que vous ne pouvez pas enseigner Voltaire. La laïcité qui est beaucoup plus large que les affaires de relations entre la religion et l’État est au cœur de l’organisation de la société française.

On a assisté le week-end dernier à des débordements en marge de plusieurs manifestations pro-palestiniennes. Y a-t-il comme le dit ce matin le grand rabbin de France Haïm Korsia un climat de haine des Juifs en France en ce moment ?

Il y a un climat de haine réciproque.

Dans les deux camps ?

S’ils n’étaient que deux… Il y a un climat de montée des intolérances, de la stigmatisation, de la violence interne à la société française. C’est un effet de la crise et de l’impuissance que les citoyens constatent du côté politique. Ils ont le sentiment qu’il n’y a pas de débouchés pour eux, que l’on ne peut pas se faire entendre. De ce point de vue, il y a une montée qui est indiscutable. Elle se porte sur les Juifs, elle se porte sur l’Islam, elle se porte sur la couleur de la peau – on vient d’en dire un mot – et cette violence est immense. Chaque fois que l’on a une société qui se trouve dans une impasse du point de vue de la prise en main du destin qu’elle devrait avoir, on a la montée de ce type de dérives.

Un mot d’un débat qui passionne nos députés, sans doute aussi nos auditeurs, c’est la carte de France, la carte des régions qui n’en finit plus de changer presque jour après jour sous nos yeux à l’occasion de l’examen du projet de loi sur la réforme territoriale à l’Assemblée. Dernière nouveauté : le rattachement de votre région -l’Aquitaine – à la fois au Limousin et à Poitou-Charentes. Est-ce que vous vous sentez un peu plus proche de Ségolène Royal ce matin ?

C’est n’importe quoi. C’est une improvisation loufoque qui fait que plus personne ne peut y retrouver la moindre logique et le moindre sens profond de ce qu’est une région. Pourquoi je dis « improvisation loufoque » ? Pour ceux qui n’auraient pas suivi le feuilleton, au début on a dit « Aquitaine sera avec Poitou-Charentes ». Après on a dit « non, en effet, ce n’est pas possible, donc Aquitaine va rester toute seule ». Et puis après on a dit « non, il y a une autre idée venue de l’Élysée, on va rejoindre Aquitaine et Limousin ». Maintenant on dit : « non, on va peut-être aller plus loin, on va mettre Aquitaine, Limousin, Poitou-Charentes et on va faire un ensemble qui n’aura de région que le nom ». Voulez-vous réfléchir à ce qu’est une région ?

Une région est une communauté de gens qui vivent ensemble, qui partagent le même destin, les mêmes habitudes, la même culture et qui se regroupent pour faire les grands choix de leur avenir. Est-ce que vous pouvez m’expliquer ce qu’est une région lorsqu’entre Pau et Bressuire au nord de Poitou-Charentes vous avez 500 kilomètres, entre Pau et Limoges vers l’est vous avez 450 kilomètres ? Ce n’est plus une région ! C’est un ensemble administratif. On nous dit que c’est pour que cela coûte moins cher. Cette perte de sens, je vous dis que non seulement elle ne coûtera pas moins cher mais elle coûtera plus cher ! Chaque fois que vous avez la perte de la dimension naturelle d’une région, d’une communauté humaine, chaque fois il faut mettre des relais, des fonctionnaires, des étapes intermédiaires et donc cela ne marchera pas. Je crois qu’on ne trouvera pas de majorité et en plus ça fait perdre absolument le sens de ce que doit être une région en tant que communauté humaine.

C’est une réforme qui va faire « pschiiit », qui va s’arrêter avant d’être votée pour vous ?

Je crois en tout cas qu’elle n’aura pas fait avancer les choses et le plus triste c’est qu’elle ne prend pas les choses par le bon sens. Si on les avait prises par le bon sens, on aurait commencé par se poser la question des conseils généraux.

Qui nécessitait une réforme de la Constitution et qui était sans doute le point le plus complexe de cette réforme…

Et bien que les gouvernants prennent leurs responsabilités ! Si les corps intermédiaires que sont les chambres parlementaires font de la résistance, on aurait pu faire appel au peuple. Mais tout cela est en fait une absence de logique. Je ne suis pas adepte du « big is beautiful », plus c’est gros et mieux c’est. Les dimensions naturelles, les dimensions de communautés humaines sont très importantes. Mais il y avait des choses à faire, par exemple Aquitaine et Midi-Pyrénées. C’est le sud-ouest, la même culture, la même langue, la même manière de vivre, on pouvait faire là une région puissante. On n’a pas voulu la faire pour des raisons politiques ! Je trouve que l’on marche sur la tête, que les citoyens vont s’en apercevoir et qu’on ne trouvera pas de majorité pour des réformes aussi peu sensées.

Puisque l’on parle de votre ville de Pau, est-ce que vous pouvez dire aux Palois et aux auditeurs de France Inter non Palois ce matin que vous serez bien le maire de Pau jusqu’au bout de votre mandat ?

C’est drôle que vous soyez en train de ressasser perpétuellement les choses de cet ordre. Je vais vous dire les choses de la manière la plus simple et la plus ferme : je suis pleinement maire de cette ville et comme le reportage l’a montré, je crois que les Palois ne s’en plaignent pas et qu’ils voient et vérifient une énergie nouvelle au service d’une ville qu’ils méritent parce qu’elle est vraiment très prometteuse, très porteuse d’avenir dans notre région, dans la France entière et peut-être en Europe.

Donc pleinement maire aujourd’hui.

Pleinement ! Deuxièmement, je suis pleinement citoyen français. Je suis président d’un mouvement politique, je regarde avec une infinie inquiétude et une infinie tristesse ce qui est en train de se passer en France, qui est sans précédent. Jamais dans notre histoire récente, depuis que la cinquième République existe, on aura assisté à l’effondrement parallèle de la majorité et de l’opposition. C’est un effondrement extrêmement significatif parce qu’il a des causes. Des causes institutionnelles, des causes qui sont dans des lois électorales profondément inadaptées, dans un labyrinthe de pouvoirs où le citoyen ne peut pas retrouver ses petits, ne peut pas trouver de logique. Cela devrait susciter l’engagement de tous. Pour ma part, je suis pleinement engagé comme citoyen et comme responsable de mouvement politique dans la réflexion et un jour s’il le faut l’action ; pour que les choses en France changent. Mais je suis pleinement maire de Pau ! C’est mon double engagement et à ce double engagement naturellement je fais face, j’assume avec un sentiment de gravité et de bonheur en même temps.

Vous avez lancé il y a deux semaines une sorte d’appel au rassemblement du centre et de la droite, en tout cas certaines personnalités de la droite. Vous avez cité deux noms : celui d’Alain Juppé – on sait que vos relations avec lui sont bonnes – et celui de François Fillon. Est-ce que le rassemblement pourrait aller jusqu’à Nicolas Sarkozy ?

On a besoin de personnalités qui rassemblent. On a besoin d’une pensée qui rassemble. On a besoin de projet et de vision. La situation du pays que je décrivais à l’instant est une conséquence d’un certain nombre d’erreurs et de dérives que nous avons acceptées depuis trop longtemps. Si on n’a pas la volonté de les corriger, on ne changera pas les choses. Il y a une phrase de Bossuet au XVIIème siècle qui dit quelque chose de formidable : « le ciel se rit des prières qu’on lui fait de ceux qui veulent écarter d’eux des maux dont on persiste à vouloir les causes ». Si vous voulez changer les conséquences sans changer les causes, vous n’y arrivez pas.

Nicolas Sarkozy fait-il partie d’une éventuelle coalition ?

On a besoin d’une pensée forte et fédératrice et de personnalités fédératrices. Non, je ne crois pas que Nicolas Sarkozy soit une personnalité de rassemblement aujourd’hui. Il a été et est encore souvent une personnalité de clivage, d’affrontement, de montée des tensions dans la société française et je ne crois pas que cela réponde à la situation du pays.

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« Sur le grand espace central, il y a la seule force de renouvellement de la vie politique française ! »

Posté par auplaisirdesyeux le 25 juin 2014

Au micro de Roland Sicard, François Bayrou a porté un diagnostic alarmant sur les affaires en cours portant atteinte à l’organisation de la démocratie française.

Roland Sicard – Bonjour François Bayrou.

Bonjour.

L’UMP a réglé ses comptes hier soir. Jérôme Lavrilleux, l’ex-bras droit de Jean-François Copé devrait être exclu. Est-ce que vous avez le sentiment que finalement c’est un lampiste qui paye ?

On est devant une affaire extrêmement grave parce qu’elle touche toute l’organisation de la démocratie française.

C’est toute la classe politique qui est atteinte ?

Je ne dis pas cela. Ce qui est atteint c’est le sentiment de la confiance élémentaire qu’on doit avoir dans les institutions, dans la loi, dans la règle, dans le fait que la loi est la même pour tous. Nous sommes devant deux éléments qui sont très importants l’un et l’autre. Le premier apparemment – je ne suis pas juge ni enquêteur, je n’ai pas d’autres éléments que ce que nous lisons dans la presse -  est une vaste organisation de détournement d’argent public. L’argent des groupes parlementaires, l’argent que l’État donne aux partis politiques et l’aide que l’État apporte aux dons individuels ; tout cela est de l’argent public, l’argent du contribuable français. Donc il s’agit d’une vaste organisation de détournement d’argent public au profit d’intérêts privés et partisans. La deuxième chose est une vaste organisation pour tourner la loi qui règle les campagnes électorales et qui oblige à ce qu’on ait à peu près les mêmes règles pour tous ; qu’en tout cas les uns ne puissent pas écraser la campagne par l’argent.

En 2012, vous aviez appelé à voter François Hollande. Est-ce que quand vous voyez les conditions supposées du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, ça vous conforte dans votre choix ?

Si j’ai pris une décision aussi importante, difficile et risquée c’est pour une seule raison. Il fallait que ces dérives que j’avais vues, analysées depuis longtemps et dont j’avais averti les Français – en particulier dans un livre qui s’appelait Abus de pouvoir – s’arrêtent. C’était la moindre des choses pour un citoyen, pour un père de famille. On ne pouvait pas vivre ces dérives perpétuellement.

Nicolas Sarkozy, c’était les dérives ?

Non, il y avait le sentiment généralisé que la loi n’était pas la même pour tous. Le sentiment généralisé que si vous êtes du côté du pouvoir alors vous avez des avantages, et si vous n’êtes pas du côté du pouvoir alors au contraire la loi s’applique dans toute sa rigueur. Et ces deux poids, deux mesures portent atteinte – ce n’est pas une affaire politicienne, partisane ou personnelle – au sentiment de confiance que les citoyens doivent avoir à l’égard de leur République. C’est ça la question !

On a deux ou trois problèmes majeurs en France et les reconstructeurs vont devoir s’y attaquer. Le premier c’est que ça ne va pas du côté de l’économie, du côté de la société, du point de vue de l’emploi, du point de vue de l’école ; on a des problèmes qui touchent au vieillissement de la société française. Le deuxième c’est que l’on n’a plus confiance dans les institutions, ceux à qui on remet le pouvoir comme des délégués du peuple. Ceux-là, beaucoup de Français ne peuvent plus avoir confiance en eux. C’est ce que depuis 10 ans et en particulier en 2012 j’ai dit aux Français.

Je reviens en 2012 justement. Est-ce que Nicolas Sarkozy pouvait ignorer ce qui se passait ?

Franchement, lorsque vous menez une campagne électorale de cette ampleur, vous ne pouvez pas ignorer les moyens mis en jeu. D’ailleurs ces moyens ne peuvent pas être mis en jeu sans que le candidat et son équipe proche décident de le faire. Après savait-il le détail ? Je n’en sais rien. J’ai seulement un témoignage à faire : moi tous les deux ou trois jours avec mon équipe, je vérifiais que l’on était dans les clous de ce qu’on pouvait dépenser et qui était infiniment moins de ce qui a été dépensé par les autres.

Alors est-ce que le centre doit se regrouper ? Est-ce que l’UDI et le MoDem face aux difficultés de l’UMP doivent créer un parti unique ?

Je suis un homme du centre, engagé depuis les premiers jours de mon engagement politique au centre et je pense que c’est une attitude politique extrêmement utile. Ce que nous devons avoir en tête aujourd’hui, c’est que ce n’est plus d’un parti dont il s’agit, c’est d’un pays. C’est la France qui est en situation de décomposition. Et donc nous devons apporter des réponses non pas en pensant à un parti politique particulier mais en pensant à la reconstruction du pays. Or sur le grand espace central, il y a la seule force de renouvellement de la vie politique française. Vous voyez bien dans quelle impasse le Parti Socialiste se trouve, vous voyez bien ce qui arrive à l’UMP – principale force de l’opposition – ce n’est ni dans l’un ni dans l’autre de ces deux partis politiques que l’on trouvera la force de renouvellement. Il y a une mission particulière des hommes et des femmes du centre : s’ils sont responsables et courageux, ils seront la seule force de renouvellement possible en dehors des extrêmes de la vie politique française.

Cela veut dire que le centre en 2017 aura son candidat à la présidentielle ?

Non, je ne veux aller à ce genre d’affirmation qui pour l’instant est hors de saison. Je veux dire ceci : si le centre veut être ce qu’il doit être – c’est-à-dire cette force de renouvellement – alors il a un premier impératif c’est qu’il faut qu’il soit uni, il faut que l’on passe par-dessus les querelles ou les affrontements. C’est ce que nous avons essayé de faire il y a quelques mois pour construire l’unité du centre qui est la garantie de son efficacité dans le renouvellement de la politique française.

Merci François Bayrou.

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« La réforme territoriale est inacceptable en l’état pour des raisons de forme et de fond ! »

Posté par auplaisirdesyeux le 9 juin 2014

Découvrez la réaction de Marc Fesneau et Jacqueline Gourault au lendemain des grandes lignes de la réforme territoriale annoncées par François Hollande dans la presse quotidienne régionale !

« Le projet de redécoupage des régions tel que proposé par le Président de la République et le gouvernement donne aujourd’hui le sentiment d’un immense gâchis pour notre pays et pour nos collectivités.

Alors que notre Pays a besoin de profondes réformes y compris dans son organisation locale, alors que les grandes formations politiques s’accordent à reconnaître la nécessité d’une refonte profonde de notre organisation territoriale et alors que les citoyens paraissent souhaiter ces évolutions le gouvernement et le Président de la république sont, de fait, en train de tuer dans l’œuf le consensus réformateur qui pouvait être trouvé.

Cette réforme est inacceptable en l’état pour des raisons de forme et de fond.

Pour des raisons de forme tout d’abord puisque le sentiment général donné par les annonces de ce jour sont marquées du sceau de la précipitation et de son corollaire, l’improvisation.

Ce redécoupage obéit plus à des logiques politiciennes et des satisfactions d’égos et d’intérêts personnels qu’à une véritable vision stratégique d’aménagement du territoire.

On ne peut dessiner la France territoriale du 21ème siècle sur un coin de table, en finalisant les arbitrages un soir, à l’Elysée, dans la précipitation et au gré des convenances du pouvoir en place.

On ne peut faire une telle réforme sans engager en toute transparence un dialogue préalable avec l’ensemble des forces vives territoriales.

Sur le fond ce nouveau découpage n’a pas la cohérence nécessaire à l’ambition d’une telle réforme. Les nouvelles régions cohérentes et fortes doivent répondre à une logique d’équilibre démographique, historique, à la réalité des partenariats économiques et universitaires déjà noués, et doivent être structurées autour de grandes métropoles.

Les autres annonces de cette réforme tel que celles liées au renforcement des intercommunalités et à la disparition à terme, des conseils généraux vont dans le bon sens mais elles mériteront d’être précisées en portant une véritable ambition de clarification des compétences.

Sur les Conseil généraux on ne peut que regretter, ceci étant, qu’il faille à nouveau attendre six années pour en assumer la disparition quand, dans le même temps on propose de fusionner les régions en à peine une année ! Ceci est d’autant plus dommageable que c’est bien entre régions et départements que les effets de doublons sont les plus importants et que les marges d’économies possibles sont les plus grandes.

Pour autant, le Mouvement Démocrate reste attaché à la nécessité d’adapter nos structures locales à la réalité de notre siècle et aux besoins des habitants.

Il ne saurait être question pour nous que, au motif d’une proposition floue, inadaptée et largement « hors sol » l’on reporte une nouvelle fois cette réforme. Il ne saurait être de même question que les conservateurs de tous bords s’emparent de ce projet mal ficelé pour empêcher une nouvelle fois toutes évolutions.

Désormais le travail parlementaire va s’engager dans les deux assemblées. Le premier Ministre a annoncé que les contours des nouvelles régions restaient à faire évoluer le cas échéant et que les parlementaires auraient toute leur place pour donner à ce texte l’ampleur méritée.

La réforme de nos institutions locales est encore possible. Elle est souhaitable. C’est désormais aux parlementaires de prendre leurs responsabilités pour réussir là où ce gouvernement comme tant d’autres semble devoir échouer. »

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