« Il faut un agenda 2020, qui fixe des objectifs chiffrés pour renouer avec la production! »

Posté par auplaisirdesyeux le 8 octobre 2011

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François Bayrou, invité du 12-13 de France 3, a dénoncé « une erreur stratégique » de la France en matière de production, dimanche 2 octobre. « Nous avons, sous la Gauche et sous la Droite, abandonné à tort des pans entiers de notre production », a-t-il regretté.

« Nous sommes dans un climat déstabilisé pour le pays, avec la crise et un profond désarroi social », a constaté François Bayrou. Pourtant, « lorsqu’en 2007, je focalisais ma campagne sur la dette, les observateurs disaient qu’il s’agissait d’un sujet accessoire », s’est-il rappelé. « Ce qui arrive à la Grèce, c’est l’épée de Damoclès qui est aussi au-dessus de notre tête », a-t-il analysé.

Revenant sur le plan de rigueur, « lorsqu’il s’agit de demander de la solidarité, limiter cela aux revenus de plus 500 000 euros c’est bien trop haut ! » s’est-il exclamé. « Tout le monde doit faire des efforts, nos citoyens l’ont compris, mais cela ne peut se faire en préservant les plus riches, » a-t-il insisté.

« Il faut une loi cadre, un agenda 2020, qui fixe des objectifs chiffrés pour renouer avec la production », a-t-il indiqué. « Nous sommes déficitaires par rapport à l’Allemagne, à l’Italie, à la Belgique… cela résulte d’une erreur stratégique », a-t-il analysé. « Nous avons, sous la Gauche et sous la Droite, abandonné à tort des pans entiers de notre production », s’est-il indigné.

« Pendant les cinq dernières années, le Code du travail a augmenté de 500 pages. Comment voulez-vous qu’une PME s’en sorte ? » s’est-il intérrogé. « Aujourd’hui, dans l’état des finances, ma proposition de 2007 de deux emplois sans charge dans les entreprises n’est plus possible », a-t-il dit.

« Je suis pour le droit de vote des étrangers aux élections locales au bout de dix ans vécus dans le pays », a par ailleurs déclaré François Bayrou.

« J’ai dès le début, depuis des années, refusé de faire partie de l’UMP », a-t-il rappelé. « Mon refus d’intégrer la majorité, cela correspond je crois à l’attente des Français : une candidature honnête, authentique », a affirmé le député des Pyrénées Atlantiques. « C’est à la présidentielle qu’on peut changer les choses et le message que nous portons, personne d’autre ne le porte », a-t-il estimé.

« On a pu voir à l’occasion de notre Université de rentrée, des personnalités d’horizons divers nous rejoindre », a-t-il remarqué.

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« Face à l’état d’urgence, c’est bien une guerre que nous avons à mener ! »

Posté par auplaisirdesyeux le 25 septembre 2011

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En clôture de l’Université de rentrée de Giens qui se déroulait du 16 au 18 septembre 2011, François Bayrou a présenté son « agenda 2020″ pour la France, fondé sur trois piliers : « produire, instruire, reconstruire ».

« Mes chers amis, c’est un rendez-vous très important, je veux vous dire que ces trois jours de rassemblement ont été, pour moi, peut-être le devinerez- vous, une grande émotion.

Sont venus d’horizons différents un grand nombre de ceux qui ont été, dans la vie politique française ces dernières années, ces dernières décennies même, des piliers et des figures de ce qu’on appelle le Centre.

Certains s’étaient éloignés, ils avaient fait d’autres choix politiques et ils sont venus nous rejoindre pendant ces trois jours.

Pourquoi sont-ils venus ? Bien sûr, il y a ces choses humaines qui se décrivent assez peu quand on est pudique. Il y a l’amitié bien sûr, il y a les combats partagés et tout cela ne s’est pas effacé. Mais il y a bien plus, il y a le souci de tout un peuple sur sa situation et son avenir.

Jamais, en tout cas de mémoire de ceux qui sont engagés depuis les années 80 dans la vie politique française, l’inquiétude n’a été aussi lourde, jamais elle n’a été aussi fondée. Elle est française, mais elle n’est pas évidemment que française.

Nous avons entendu à la tribune, Dora Pakoyanis qui est l’ancienne ministre grecque des affaires étrangères et qui vient de fonder, pour répondre à la crise, un parti du centre en Grèce. Nous avons entendu Pat Cox qui est l’ancien président du Parlement européen et qui est une figure centrale, à tous les sens du terme, de la vie politique irlandaise. Nous avons entendu Francesco Rutelli qui fait vivre en Italie la seule réponse possible à la crise très profonde, politique, morale que traverse le pays, c’est-à-dire une recomposition politique du paysage politique italien. Et nous avons entendu Guy Verhofstadt qui a été, tour à tour, le seul premier ministre qui ait tenu ces dernières années -presque une décennie- à la tête du gouvernement de la Belgique, et qui a fait vivre l’idée de Belgique, et qui est maintenant Président de notre groupe au Parlement européen.

Et tous ont dit la même chose : il n’y a aucune réponse possible aux crises dans l’affrontement classique entre un bloc fermé de droite et un bloc fermé de gauche.

Tout le monde voit bien la profondeur de ce qui se passe, pardonnez-moi de le dire, pour la France : chômage, pouvoir d’achat, déficit, dette, services publics, malaise moral, école, santé, déséquilibre des pouvoirs, scandales à répétition et de quelque côté que les Français se tournent, c’est partout inquiétude et partout orage.

C’est pour cela, en vérité, qu’ils sont venus, d’abord pour dialoguer parce qu’ils savent bien qu’il va falloir reconstruire, c’est le mot que nous avons inscrit sur le décor de cette rencontre. Il va falloir reconstruire notre pays, son espérance, sa volonté. Ils sont venus en femmes et en hommes d’expérience. Permettez-moi de les nommer devant vous : Jean Arthuis, Bernard Bosson, Anne-Marie Idrac, Pierre Albertini, Pierre Méhaignerie, Jean Peyrelevade, Nassimah Dindar, Président du Conseil général de la réunion, Dominique Versini qui était Défenseur des enfants.

Ils sont venus autour de cette équipe qui m’entoure à la tribune, qui a forgé l’âme -c’est le mot que l’on emploie pour le métal- de ce rassemblement. Je ne peux pas les citer tous, mais permettez-moi de dire, parce qu’ils se sont exprimés au cours de ces journées, ma gratitude à Marielle de Sarnez, Jean-Luc Bennhamias, Jean Lassalle, Robert Rochefort, Sylvie Goulard, Nathalie Griesbeck, Yann Werhling, Jean-Jacques Jegou, Marc Fesneau, François-Xavier Pénicaud, le président des jeunes, sans oublier ceux qui sont en campagne sénatoriale, comme nos vice-présidents Jacqueline Gourault et Jean-Marie Vanlerenberghe et qui sont avec nous par la pensée et devant leur écran de télévision.

Que disent-ils, ensemble, tous différents, tous avec leur parcours, les uns qui ont fait l’expérience de la majorité actuelle et qui en connaissent, de l’intérieur, les limites, d’autres qui viennent au contraire de plus à gauche et d’autres, et il faut aussi les mentionner et les saluer, qui n’ont jamais changé de ligne.

Ils disent ceci : Nous n’allons pas laisser notre pays continuer à s’affaiblir jusqu’à s’effondrer, perdre son modèle social, abandonner ses enfants, les surcharger de dettes. Nous n’allons pas, par inaction, nous rendre complices de ce qui se passe.

Ce rassemblement, c’est une volonté qui se met en marche.

C’est une équipe pour la France qui se forme, pas seulement une équipe pour le Centre. Mais une équipe pour la France.

Vous en avez devant vous l’amorce et le germe, et cette équipe-là va naturellement s’élargir parce que c’est une équipe ouverte. D’autres y trouveront leur place.

Quand le moment sera venu, quand tout deviendra clair du besoin impérieux, de l’exigence inéluctable d’une majorité nouvelle, d’une majorité centrale, alors, je n’en doute pas une seconde, chacun prendra ses responsabilités et chacun fera mouvement parce qu’on ne peut pas reconstruire la France sans associer à cette reconstruction les sensibilités, les expériences, les compétences et les talents, surtout si ces sensibilités, compétences, expériences et talents se revendiquent de la même famille d’esprit.

Mais souvenons-nous de ceci : ce rassemblement qui se construit aurait été impossible si nous n’avions pas, à quelques-uns, pendant ces années, refusé toutes les compromissions et toutes les soumissions. C’est parce que nous avons été intraitables et indépendants, c’est parce que nul ne peut soupçonner notre conviction et notre indépendance, c’est parce que nous n’avons été, ne sommes pas, ne serons jamais dans aucune manœuvre, aucun accord souterrain, aucun « deal » de quel que poil que soit le dealeur, qu’aujourd’hui peuvent se retrouver de bonne foi, sans crainte et sans soupçon, ceux qui viennent d’horizons différents.

Pour reconstruire, il faut d’abord avoir un plan, y voir clair, savoir aller droit au but, identifier non seulement les symptômes, mais les causes du mal, car aussi décourageants que soient tous ces motifs d’inquiétude : et le chômage, et le déficit toujours plus important, et la dette accablante, et le pouvoir d’achat qui s’en va, et le fait que les enfants ne trouvent pas leur place, même diplômés dans le monde du travail, et que l’intégration est en panne, et que l’immigration ne trouve pas l’équilibre qui, seul, permettra à une société comme la nôtre d’avancer et de trouver son chemin.

Il faut bien voir que tous ces motifs d’inquiétude, ce ne sont que des symptômes.

Bien sûr, il faut apaiser les symptômes, mais ce qu’il convient de rechercher, de cibler, de soigner, c’est la cause du mal. C’est pourquoi nous sommes là et c’est le premier pas de la reconstruction : qu’est-ce qui ne va pas et comment peut-on apporter une réponse à la cause des symptômes multiples, à la cause du mal français ?

Dans le livre que j’ai publié il y a un mois, j’ai proposé d’identifier ces causes, de faire, comme disent les médecins, c’est un mot savant, l’étiologie de ce mal français.

Et je le fais avec espoir. Les premiers mots de ce livre, c’est un vers qui est emprunté à une chanson de la Commune, une chanson de Jean-Baptiste Clément, l’auteur du « Temps des cerises » : « Les mauvais jours finiront ».

J’ai voulu que ce soient les premiers mots de l’introduction et aussi les premiers mots de la conclusion, car je suis persuadé, et c’est tout le sens de notre engagement, que nous allons nous en sortir et que, dans quelques années, cette crise sera derrière nous comme un mauvais souvenir et, comme l’ont exprimé mes amis Européens, peut-être comme une des raisons de dépassement de toutes les insuffisances et faiblesses que nous avons supportés et vécus.

Nous allons nous en sortir et nous avons, sous les yeux, l’exemple d’un pays qui est, en beaucoup de points, semblable à la France par son modèle social, par les difficultés qu’il rencontrait et qui, en quelques mois, s’est reconstruit. Je veux parler de la situation de L’Allemagne : tous les feux au rouge, profondément dégradée, inquiète, ne pouvant pas continuer dans son enlisement. Cette situation date de 2004, et sept ans en histoire… c’est une minute ! Mais en quelques mois, en soixante mois, l’Allemagne a su prendre les décisions courageuses, les décisions constructives qui permettent à un pays de se redresser. Donc c’est possible et l’Allemagne qui était derrière la France il y a sept ans, est aujourd’hui rayonnante sur l’ensemble de l’Europe, comme j’ai eu l’occasion de le rappeler dans ce livre. Non pas que tout soit rose en Allemagne, mais en tout cas il y a une vague de licenciements aujourd’hui dans ce pays et cette vague elle est à l’Agence pour l’emploi parce qu’il n’y a plus de chômeurs !

Le jour où nous aurons, nous, France, en quelques mois, parce qu’on peut le faire dans l’intervalle des cinq années qui sont devant nous, le jour où nous aurons retrouvé ce dynamisme-là, je considère que nous aurons fait notre travail et que cette période de reconstruction qui s’ouvre aura apporté au pays ce qu’elle lui doit. L’Allemagne, comme vous le savez, n’a pu réaliser cette politique-là qu’en prenant la seule décision qui, dans ce cas, s’impose. Lorsqu’on est en temps de guerre, on fait des majorités d’union pour que le pays tout entier porte la guerre. C’est une guerre que nous avons à mener, oh pas la guerre militaire avec des canons, avec des armes, mais c’est une guerre d’étranglement, une guerre d’affaiblissement, une guerre d’enlisement, et pour conduire cette guerre il faut la majorité qui, seule, peut permettre de la porter, il faut une majorité nouvelle et ce ne peut être qu’une majorité centrale.

Les deux majorités classiques, traditionnelles souffrent de deux handicaps, de deux défauts, à mes yeux irréductibles, d’abord elles coupent le pays en deux, une partie du pays contre l’autre et donc, par définition, elles opposent une moitié du pays à la politique qu’il faut nécessairement conduire, c’est une première faiblesse. La deuxième faiblesse, c’est qu’elles sont coupés en deux en leur sein car, au sein de la gauche, avec la gauche de la gauche et au sein de la droite avec la droite de la droite et l’extrême droite, bien évidemment deux thèses se font entendre qui sont contradictoires avec la politique que nous avons à mener.

Les deux camps ont, sur leurs ailes, des forces qui prétendent que le problème du pays vient de l’extérieur. Pour les uns, il vient des immigrés, pour les autres du capitalisme international, il vient du système bancaire, il vient de l’Europe, je ne sais quoi, or notre certitude à nous, celle que les Allemands l’ont pris à bras le corps pour leur permettre aujourd’hui de rayonner sur l’Europe et de rivaliser avec la Chine dans le monde, cette certitude est celle-ci : les problèmes ne viennent pas de l’extérieur, ils viennent de chez nous pour l’essentiel !

Vous comprenez bien qu’il s’agit là de la condition même de la mobilisation pour la reconstruction ? Parce que si vous attendez d’avoir changé l’ordre monétaire international, d’avoir converti le capitalisme international à la sobriété et à la vertu, d’avoir changé le système bancaire, d’avoir demandé à l’Europe de devenir protectionniste ou bien d’avoir, c’est une phrase honteuse mais elle est prononcée parfois, « renvoyé » -- comme ils disent- des immigrés ou pire, en parlant de ces femmes et de ces hommes comme des catégories alors que nous, nous y voyons des personnes et des familles… si vous adoptez cette manière d’aborder les problèmes en prétendant qu’il faut, préalablement à l’action, remplir des conditions évidemment impossibles à remplir c’est, en réalité, une invitation à l’abstention, à rester chez soi, à ne rien faire, à ne pas se relever les manches pour sortir le pays de la situation dans laquelle il se trouve !

C’est pourquoi je dis : la majorité qu’il faut à la France, la majorité nouvelle, c’est une majorité du courage et sa définition est celle-ci, ce sont tous ceux qui savent que les problèmes sont chez nous et ne viennent pas de l’extérieur et que c’est à ces problèmes qu’il faut apporter des réponses sans attendre que le monde ait changé de visage.

L’Allemagne a défini un Agenda 2010. Elle l’a fait avec une majorité centre- gauche-centre droit, courageuse, qui a assumé dans un esprit d’union avec des différences de sensibilités la politique qu’il fallait à ce pays.

Eh bien il faudra à la France un Agenda 2020 et c’est cet Agenda 2020 que je vous propose de définir, en trois verbes :

Produire, instruire, construire la démocratie qu’il faut à notre pays et une république dignes de ce nom.

PRODUIRE

Je vais rapidement tracer ce qui me semble être les axes majeurs de cette idée. Je reprends le raisonnement.

Lorsque nous avons, devant nous, la forêt des problèmes qui se posent et qui sont tellement immenses que personne ne sait par quel bout les prendre, le labyrinthe des difficultés que nous rencontrons, et tout le monde cherche le fil d’Ariane sans savoir jamais où le trouver, lorsque l’on a ces problèmes devant soi, le déficit, la dette, le chômage, le pouvoir d’achat, évidemment une question s’impose : pourquoi sommes-nous condamnés à la succession de ces échecs ?

La conviction que je défends est celle-ci : il y a à ces questions une cause principale, une cause unique, c’est que nous ne produisons plus dans notre pays et que notre commerce extérieur s’effondre. Nous consommons beaucoup plus que nous ne produisons. Nous perdons des parts de marché à l’exportation et nous perdons des parts de marché sur notre propre marché.

Nous étions en excédent il y a sept ans et, d’année en année, au rythme de 10 à 15 milliards par an, nous sommes aujourd’hui sur un rythme de déficit, notre pays, la France, grande puissance, exportatrice nous dit-on, grande puissance agricole, industrielle, agroalimentaire, production de services, nous sommes aujourd’hui, aujourd’hui même, sur le rythme de 75 milliards de déficit du commerce extérieur par an. Et permettez-moi de le rappeler en défenseur du calcul mental…

(Je suis le créateur, le président, l’adhérent et le seul responsable d’une association que j’ai formée qui vise à mettre en prison, pas longtemps, mais au pain sec et à l’eau, ceux qui ont supprimé le calcul mental ou affaibli le calcul mental dans l’éducation en France. Non pas seulement par fétichisme des programmes des exercices de notre enfance, mais pour une raison simple : je prétends que le calcul mental est une arme civique de premier plan car, si les gens savaient ce que représentent 75 mille millions d’euros, s’ils savaient pour notre déficit ce que représentent, non pas 1.700 milliards qui est un chiffre qui va vite à l’oreille, mais « mille sept cents fois mille millions » d’euros, eh bien, ils n’auraient pas laissé se commettre l’imprudence et la lâcheté qui font que nous avons, sur les épaules de nos enfants accumulé des montagnes de dettes qui les écrasent ! Jamais ils n’auraient laissé faire cela !)

Donc, défenseur du calcul mental, je vous disais que nous sommes sur le rythme de « 75 mille millions » d’euros de ressources du pays qui s’en vont tous les ans. Et nous ne sommes pas déficitaires seulement, comme on le dit, par rapport à la Chine ou à l’Allemagne, nous sommes déficitaires par rapport, Francesco (Rutelli), à l’Italie de 7 milliards d’euros par an. Nous sommes déficitaires, Guy (Verhofstadt), par rapport à Belgique de 6,5 milliards d’euros par an. Nous sommes déficitaires vis-à-vis de tous les pays qui ont les mêmes contraintes et les mêmes règles et le même projet de société que le nôtre !

C’est pour cela que je soutiens que les problèmes sont chez nous, et c’est chez nous qu’il faut apporter des réponses !

Agenda 2020 pour ce qui est du Produire. Je pense qu’il faut entamer la bataille sur les terrains où nous avons disparu. Nous avons les atouts, les technologies, la recherche, nous avons les grandes entreprises qui maitrisent des process de fabrication extrêmement contemporains, d’avant- garde, la numérisation, tout ce qui est de l’ordre des logiciels. Et ces grandes entreprises sont simplement isolées des petites et moyennes entreprises qui n’ont aucun accès aux processus qu’ils maitrisent.

Je suis donc pour la reconquête de ces terrains de batailles perdues, en commençant par le haut de gamme et en mettant en réseau les entreprises, les producteurs, les distributeurs et les très grands réseaux de distributeurs que nous avons la chance, d’origine française, d’avoir dans le monde.

Deuxièmement, changer le climat social dans l’entreprise et dans le pays, parce que la confiance entre partenaires sociaux est absolument déterminante pour l’évolution de l’entreprise et de l’économie et pour répondre aux défis qui se présentent devant nous.

Troisièmement, créer un climat favorable à l’entreprise, notamment aux PME. Je dirai tout à l’heure un mot de l’écologie, mais je pense qu’il y a une écologie de l’entreprise, je pense qu’il y a un « biotope » favorable ou défavorable à l’entreprise. Et c’est ce biotope qu’il faut restaurer : fiscalité, droit du travail -je pense qu’il faudra apporter des changements au droit du travail- organisation des études pour que de plus en plus de jeunes se dirigent vers l’entreprise au lieu d’être en réticence ou en résistance devant l’entreprise, et même devant la création d’entreprises. Donc créer un climat favorable, un biotope à l’entreprise et à l’entrepreneur.

Quatrièmement, travailler sur l’image de marque de la France. Chacun d’entre nous nous ne pouvons qu’être troublés par le fait que, désormais, le principal argument publicitaire des vendeurs de voitures allemandes sur les écrans de la télévision française, c’est la langue allemande ! Ce n’est même plus la défense, l’illustration de la qualité, de la résistance de la voiture. Non, c’est simplement l’usage de la langue allemande pour faire de la publicité, parce que « allemand » désormais, cela veut dire sérieux, cela veut dire solide. C’est une image de marque ! Et je prétends devant mes amis qu’il n’est pas indifférent à l’image de marque du pays qu’un peuple décide de réduire sa dette, de rétablir ses équilibres budgétaires. Tout cela, le sérieux dans la gestion, la volonté dans l’organisation politique, cela contribue aussi à ce que les produits de ce pays soient entourés d’un halo de réputation favorable qui fait qu’ils gagnent des marchés, alors que nous les perdons.

Cinquièmement, transformer le consommateur en acteur de cet enjeu. On a créé des labels d’agriculture biologique, et c’est très bien. On a créé des labels de commerce équitable, c’est très bien. Pourquoi est-ce que le consommateur n’a pas accès à cette information élémentaire qui est de savoir si les produits qu’il achète sont ou non des produits fabriqués dans son pays ? Ce n’est aucune atteinte à la concurrence, parce quiconque voudra venir produire en France aura accès au label, même s’il s’agit d’entreprises étrangères. Ce n’est pas une démolition de l’image de marque des autres. C’est simplement l’information qui change le consommateur en acteur dans cet enjeu essentiel pour l’avenir de la préférence, qui doit se manifester chez les industriels pour produire en France plutôt que de s’en aller de France. Et ceci est une condition de notre survie !

Je voudrais vous dire ma certitude que de faire de cet enjeu du biotope favorable à la production, de faire de cet enjeu la question centrale du pays, des débats, de l’engagement des pouvoirs publics, des familles. Tout cela contribuera puissamment à faire que cette question pourra, en effet, trouver l’élan nouveau qui est nécessaire pour qu’on la résolve et qu’elle devienne un succès. Produire.

Deuxième verbe : INSTRUIRE

Dans le découragement national, l’école a probablement la première place. L’école, son affaiblissement, ses doutes, les doutes de la nation jouent un rôle absolument central.

Je veux vous dire que, ayant donné ma vie ou une grande partie de ma vie à l’éducation, ayant été ministre de l’éducation nationale en France, ayant réussi à nouer dans cette fonction des relations, je crois, de confiance et d’estime réciproques avec le monde de l’école -ils l’ont montré contre toute habitude politique lors de la dernière élection présidentielle- je vous dis qu’il est honteux et qu’il n’est pas digne de notre pays que nous nous retrouvions, en termes de compréhension de l’écrit et de calcul mental, 23ème et 24ème dans le classement des nations développées ! C’est insupportable pour moi. Nous étions le pays que le monde entier regardait comme ayant, sinon la meilleure éducation du monde -il y aurait une part de chauvinisme- en tout cas une des meilleures éducations dans le monde.

En quelques années, nous n’avons cessé de régresser dans le jugement que le monde porte sur l’école de France et, hélas, que les parents et les enseignants portent sur l’école de France.

Jamais je n’ai vécu un moment comme celui-ci où le nombre d’étudiants candidats au concours de recrutement s’effondre. Le niveau des candidats au concours de recrutement est gravement discuté.

Je veux vous dire que, l’an dernier, comme vous le savez, on a supprimé un poste sur deux parmi ceux qui partaient à la retraite, donc, au lieu de recruter 32.000 enseignants, on n’en a recruté que 16.000. Écoutez-moi bien, sur ces 16.000, il y a eu 1.000 postes qui n’ont pas pu être attribués faute de reconnaissance du niveau des enseignants par les jurys !

Je dis, au passage, concernant tous ceux qui nous expliquent que l’on va multiplier par 3, augmenter de 60 ou 70.000 le nombre des enseignants qu’il y a d’abord là-dedans une question de cohérence politique, mais je leur demande comment ils font pour que les candidats au concours obtiennent le niveau exigible pour devenir enseignant, sachant que, l’an dernier 1.000 postes n’ont pas été attribués au concours de recrutement ?

Ceci est une question centrale qui me semble remettre un certain nombre de débats et de propositions à leur place !

Doute des candidats, doute des enseignants, doute des familles. Jamais de ma vie, je n’ai vécu cde que l’on vit régulièrement aujourd’hui. Des familles qui, non seulement choisissent d’enlever leurs enfants de l’enseignement public pour les mettre dans l’enseignement privé, mais qui, de plus en plus souvent choisissent le privé hors contrat. Nous, le pays de l’éducation nationale !

Je n’ai rien contre ces choix, parce qu’ils répondent à une attente et à une exigence… Mais la certitude qui est la mienne est que le but que nous devons nous fixer, c’est que l’éducation nationale française, l’enseignement public en France réponde à son tour à ces attentes et qu’elle accueille plutôt que de laisser s’en aller les élèves.

Nous reviendrons sur ce sujet. Je veux aller très vite. La conviction qui est la mienne est celle-ci : nous avons vécu des décennies pendant lesquelles le principe a été l’abaissement d’exigence de chaque niveau de l’école et la transmission au niveau supérieur de ce que l’on était incapable d’apporter au niveau défini. Par exemple, vous ne pouvez pas transmettre l’écriture et la lecture à l’école primaire ? Eh bien vous espérez que cela se fera au collège !… Et ce que vous ne pouvez pas transmettre au collègue, vous le faites au lycée et ce que vous ne pouvez pas transmettre au lycée, vous le renvoyez à l’université et beaucoup d’universitaires diraient que l’on est obligé de faire, à l’université, des enseignements qui auraient dû être transmis à l’école ! C’est cela, la vérité que nous vivons.

Je propose que l’on inverse le mouvement, que pour rendre sa dignité, sa attractivité, sa force à l’école, on reconstruise, on réinvestisse chaque niveau scolaire dans sa mission. À l’école élémentaire, de la maternelle jusqu’à la fin de l’école élémentaire, les outils de l’écrit, la lecture et l’écriture et, si possible, l’amour de la lecture et de l’écriture, puis le jeu avec les nombres, comme celui que nous avons vécu ensemble.

Deux questions principales, l’une est pédagogique. Il y a une question de repérage des enseignements qui réussissent, je suis affirmatif en disant que je n’ai aucun doute que les 5 pour cent, les meilleurs et les plus expérimentés des enseignants français sont largement au niveau des meilleurs pays dans le monde.

Aucun doute qu’il y a des réussites dans l’école française. Il faut les identifier et transmettre ces expériences aux autres enseignants, transfert de pédagogie comme il y a transfert de technologie.

La deuxième question centrale : il faut une scolarité adaptée avec les moyens nécessaires aux élèves qui se bloquent, souvent pour des raisons psychologiques, ou culturelles, familiales. Il faut, pour eux, une scolarité adaptée et les moyens nécessaires, c’est un investissement qui mérite pour la nation.

Comme je n’oublie pas ce qui se passe dans les familles, peut-être vous pourrez jeter un coup d’œil aux pages que j’ai écrites sur ce sujet dans mon livre, je vous demande de réfléchir à ceci : je pense qu’il y a des milieux, des situations pour lesquelles il faut songer à une école des parents.

J’étais très frappé alors que je visitais en banlieue parisienne « profonde » comme l’on dit une école élémentaire et que je parlais avec les enseignants. C’était très intéressant. D’abord un grand nombre d’entre eux étaient découragés, ce qui était frappant et pourtant ils étaient jeunes, ils étaient en équipe, ils étaient très solidaires entre deux, ils faisaient vraiment un très beau travail. Il y avait des tas de nationalités présentes dans l’école et, en parlant avec eux, on en est venu à parler de la langue et des difficultés que présente le fait de ne pas être francophone à la maison. Ils m’ont dit quelque chose que j’ai trouvé absolument juste et sensible. Ils m’ont dit : Vous savez, le principal, ce n’est pas tant qu’on ne parle pas français à la maison, c’est qu’il y a des maisons où on ne parle pas du tout.

Je sais très bien que c’est le cas parce qu’il y a eu des siècles et des siècles dans notre pays (j’ai écrit un livre sur Henri IV, j’ai regardé comment on élevait les enfants à l’époque, y compris comment on les langeait et ce qu’on en faisait quand ils étaient là…) où on ne parlait pas non plus chez nous de parents à enfants. Ce n’est pas étranger, lointain, c’est une question d’évolution et de construction culturelle. Je suis persuadé que, si on convainc les mamans, même si elles ne sont pas francophones, que l’échange avec l’enfant le plus jeune est précieux pour le développement ultérieur et pour la construction de sa personnalité et pour la curiosité et pour l’expression qui est la sienne, je suis sûr que l’on aura fait une œuvre précieuse.

Au collège, les questions principales, je propose qu’on les nomme. La première question du collège, c’est la paix civile et la civilité.

Il y a des enfants, nombreux, qui ont peur d’aller au collège, et il y a des enseignants, nombreux, qui ont peur d’entrer dans leur classe !

Ceci est impossible ! J’ai écrit, dans un livre déjà ancien qui s’appelait « La décennie des malappris », qu’il y en avait marre qu’il faille être à la fois Tarzan et Socrate pour enseigner dans le collège en France. Je n’ai pas changé de point de vue sur ce point. Il y a des enseignants rayonnants, costauds physiquement, intellectuellement, et du point de vue de la sensibilité et il y en d’autres qui n’ont pas toutes ces aptitudes. Ils ont le droit et nous avons le devoir d’obtenir que ces enseignants soient respectés dans leur classe sans aucune exception à cette règle.

Je ne supporte pas l’idée qu’une jeune enseignante ait peur qu’on lui crache dessus en classe et même et pire encore, qu’une enseignante d’âge avancé ait peur qu’on lui crache dessus en classe. Simplement, nous ne pouvons pas l’accepter.

Il y a une question centrale : que fait-on des enfants qui manquent à ce contrat et à cette obligation ? Aujourd’hui, on les renvoie d’établissement en établissement. C’est une noria, cela tourne. Ces enfants qui déstabilisent parce qu’ils sont eux-mêmes déstabilisés, qui n’ont pas d’autre chemin -ce n’est pas pour les excuser que je dis cela mais c’est pour comprendre ce qui se passe- étant en difficulté scolaire n’ont pas d’autre chemin vers la reconnaissance que d’essayer d’obtenir la reconnaissance de tout le monde en mettant le bazar.

Je dis qu’à ces enfants-là il faut proposer une scolarité particulière, adaptée, que j’avais nommée, comme ministre de l’éducation nationale quand j’en ai établi le plan : « collège hors les murs ». Une scolarité qui vise non pas à bannir, mais à rendre à ces garçons et à ces filles les chances nécessaires pour reprendre le cours de la scolarité normale, donc la paix civile et la civilité.

Puis, ensuite, il y a une organisation de la scolarisation, peut-être les horaires de travail. Je dois avouer que je pense souvent qu’il est anormal que les enfants aient plus d’heures de travail que leurs parents qui doivent faire 35 heures. Je trouve que cela ne va pas parce que si vous additionnez temps de transport, horaires de cours, devoirs qu’il faut faire à la maison, et de plus en plus souvent, honteusement, leçons particulières que toutes les familles sont obligées de donner à leurs enfants pour leur rendre les chances élémentaires de suivre à l’école, ceci n’est pas un régime acceptable, humain tout simplement, respectueux pour les enfants et pour l’idée que nous nous faisons de l’école.

Donc, des devoirs faits en classe, surveillés. Il y a des centaines de milliers d’étudiants qui ont besoin de recevoir une aide, un soutien pour continuer leurs études. Eh bien, faisons à la fois des bourses et demandons à ces étudiants d’assumer des responsabilités de tuteurs, de répétiteurs, de surveiller les devoirs en classe. Ce sera infiniment plus utile et plus précieux pour leur formation que ce que l’on est en train de préparer maintenant et que l’on ne mettra pas en place.

Troisièmement, le lycée : la question du lycée, c’est l’orientation et l’autonomie. La question de l’orientation commence au lycée et se poursuit naturellement dans l’enseignement supérieur. Le problème majeur est la fracture entre le lycée et l’université. Je dis qu’il faut que la Terminale devienne une propédeutique, une préparation à l’enseignement supérieur. Il faut orienter notre réflexion sur l’organisation de cette classe en se demandant ce que l’on peut apporter aux élèves en train de devenir étudiants. Puis-je rappeler pour ceux qui ont le culte de la tradition, j’en suis aussi, que le Baccalauréat est le premier titre de l’enseignement supérieur ? Traditionnellement, en France, c’est cela. Eh bien, prenons au sérieux les définitions que nous formons nous-mêmes. Je demande donc que la Terminale devienne cette préparation à l’enseignement supérieur.

À l’université -si cela vous intéresse vous trouverez cela dans mon livre- la question de l’orientation et une question beaucoup plus importante encore ; qui est l’organisation de la formation professionnelle après obtention du diplôme d’enseignement général, parce que les étudiants croient et leurs familles croient davantage encore qu’un diplôme devrait valoir un travail.

Eh bien, il faut que nous arrivions à comprendre tous ensemble qu’un diplôme doit être suivi d’une spécialisation et d’une formation professionnelle, comme cela se passe par exemple pour le métier d’avocat, de notaire. On fait du droit, puis on choisit l’école professionnelle qui correspond à cela. Je pense que ce modèle est valable pour bien des formations universitaires.

Voilà pour l’école.

J’ai traité rapidement de la question des moyens. C’est une question très importante, car j’ai assisté comme vous au changement d’un certain nombre de responsables du parti socialiste qui avaient, dans un premier temps, adopté exactement la phrase que nous avons choisie nous : « protection des moyens de l’éducation sur le long terme poste pour poste ». Et comme je vous l’ai dit, ce ne sera pas facile bien entendu.

Eh bien, nous avons assisté tous ensemble à ce changement de pied, à ce changement de cap ! Je pense que ce changement de pied et de cap ne répond pas aux exigences de vérité que nous avons à introduire, à imposer dans la campagne présidentielle de 2012 en France.

En face de tous ceux qui vont céder à toutes les facilités et faire miroiter tous les mirages, laisser croire qu’il est possible de dépenser plus et plus encore de créer 300.000 emplois sur fonds publics, de mettre en place une allocation pour tous les jeunes, d’augmenter les budgets, de recruter par dizaine de milliers des policiers, des magistrats, des enseignants, toutes promesses qui ont été écrites noir sur blanc et, je vous le dis, autant de promesses que personne ne tiendra et que personne ne respectera, en face de cela, nous serons et je serai défenseur de la vérité !

Je m’engage devant vous à dire la vérité et à ne faire aucune promesse qui ne soit abusive, aucune promesse qui soit une illusion, aucune promesse que nous ne pourrions pas tenir et respecter.

En temps de facilité on se dit -on connaît bien la règle, c’était une phrase de Charles Pasqua- « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » ! En temps de difficultés, en temps de guerre comme nous sommes, le mensonge, l’illusion, la tromperie sont une désertion. En temps de guerre, la vérité n’est pas seulement un devoir, elle est la condition même de l’adhésion du pays à l’effort national qu’il faut que l’on partage. Nous serons les défenseurs de la vérité.

Et c’est pourquoi je m’engage à préserver dans les cinq années les moyens de l’école, du collège, du lycée, de l’université, de remplacer poste pour poste tous les départs à la retraite, tous les changements d’orientation professionnelle, toutes les années sabbatiques que je souhaite que l’on puisse instaurer. Poste pour poste. Et, comme nous l’avons dit, ce ne sera pas évident, ce ne sera pas facile, mais c’est un effort tenable qui respecte les électeurs, qui respecte les enseignants et qui respecte la démocratie que nous voulons former dans notre pays.

Notre objectif, il est transparent, il est évident, c’est que l’école française entre, en cinq ans, dans les dix premières nations du monde pour la qualité, la réputation et l’efficacité de l’école. C’est la condition : la confiance à l’école, la confiance de la famille et la confiance de la nation. Tel est le problème, tels sont les engagements, telle est la vision que nous défendons pour illustrer l’impératif d’instruire.

Troisième orientation : CONSTRUIRE POUR LA FRANCE UNE DÉMOCRATIE DIGNE DE CE NOM

Celui qui souffre le plus en France, c’est le citoyen. Celui qui voudrait être un citoyen de plein exercice dans une démocratie de plein exercice.

Un citoyen, c’est un responsable. Or, tout est fait pour priver le citoyen de son droit à la responsabilité. Et d’abord de son droit à la compréhension de ce que nous vivons.

J’aime beaucoup Mendès-France, j’aime beaucoup Jacques Delors, j’aime Rocard et j’aime de Gaulle, parce qu’ils n’ont jamais renoncé à quelque chose pour moi d’essentiel qui est de placer le débat au bon niveau. Le but d’une démocratie, selon moi, c’est de hisser, de hausser l’électeur jusqu’au niveau de citoyen, de le porter « jusqu’à la conscience et à la responsabilité », phrase dont nous avons fait une définition, à la suite de Marc Sangnier, de notre engagement politique, de mettre ce citoyen, non pas en situation de consommateur, mais en situation de décideur éclairé. Particulièrement dans les temps difficiles. Pas de le prendre pour un gogo, pas de le prendre pour un jobard, pas de le prendre pour un client.

La démocratie telle que nous la vivons en France, je devrais dire telle que nous la subissons en France, elle fait honte. D’abord parce que personne n’explique au pays les enjeux de la situation que nous traversons. Même quand le pouvoir gagnerait à expliquer et à défendre ce qu’il fait.

J’ai salué l’action de la France et de Nicolas Sarkozy en Libye, parce que telle est notre ligne de conduite : aussi sévères que nécessaire chaque fois qu’il le faut et soutiens actifs quand on le doit. Dans les dérives, comme vous le savez, je n’ai pas ménagé, nous n’avons pas ménagé le pouvoir.

Raison de plus pour dire que, sans la France, sans la décision risquée, audacieuse, --presque irréfléchie- de Nicolas Sarkozy, grâce à sa capacité d’entraînement notamment de la Grande-Bretagne, Khadafi serait encore aujourd’hui au pouvoir à Tripoli, perdu dans ses délires et dans ses provocations. Je suis heureux que la France ait conduit ce mouvement, et que la situation créée soit aujourd’hui différente et que l’on sache que les dictateurs ne gagnent pas toujours.

Raison de plus aussi de rappeler combien nous a fait honte la réception humiliante en grande pompe et sous la tente sur la pelouse de Marigny du tyran en question. Raison de plus de rappeler devant les horreurs que perpètre Bachar El Assad, devant les crimes et la liquidation de ses opposants, que nous, France, nous nous sommes abaissés jusqu’à demander au tyran syrien de présider, devant tous nos généraux et tous nos ministres, le défilé de la fête nationale le 14 juillet…

Donc il y a eu en Libye une action décisive de la France qui est venue l’expliquer aux Français. Je suis étonné de l’absence d’explications, d’informations ou de communications entre le pouvoir aujourd’hui en France et le peuple des citoyens sur les sujets les plus graves. Nous avons parlé toute la journée de la crise. Dieu sait qu’il y a d’immenses demandes d’explication, simplement de ce qui se passe. Qu’est-ce que cela veut dire une crise financière ? Qu’est-ce que cela veut dire une crise monétaire ? Qu’est-ce que cela veut dire une crise budgétaire ? Quel lien cela a-t-il avec l’Europe ? Quel lien cela a-t-il avec l’euro ? Qui pourrait décider ? Est-ce que, pour la Grèce, c’est nous qui allons payer ou pas nous ?

Je signale au passage que je trouve anormal que nous ne rappelions pas, chaque fois qu’il le faut, que ce que nous demande la Grèce, ce n’est pas de payer à sa place, ce sont des garanties pour qu’elle puisse payer elle- même, et les Grecs, le jour où le pays se sera redressé !

Alors, il y a des gens qui disent : ils ne paieront jamais. Moi, je suis absolument certain qu’un grand peuple quand on lui donne l’occasion de faire un plan, de sortir… l’Irlande, Pat Cox vient de nous le dire- a réalisé des prodiges de rééquilibrage de son budget intérieur, de l’état de ses finances. Eh bien, il n’y a aucune raison de refuser cette aide en laissant croire aux citoyens que ce sont eux qui vont avoir à payer pour les autres ! Ce n’est pas cela, la conception qui est la nôtre. Personne ne l’explique et je trouve que c’est dommage, le droit à comprendre, c’est le premier droit du peuple citoyen !

J’ai toujours défini devant vous la démocratie comme le régime dans lequel les cartes sont sur la table. En France, hélas, les cartes qui sont sur la table sont une illusion et la plupart des décisions, en tout cas toutes les cartes maitresses sont sous la table.

C’est ce que nous découvrons avec l’incroyable succession de scandales qui sortent chaque jour, comme un tsunami se propage dans les allées du pouvoir et vient plonger dans l’incrédulité même les plus blasés d’entre nous.

On découvre que, dans les antichambres et les bureaux du pouvoir le plus important, le plus éminent en France, se livrent des guerres de trafiquants d’armes, de corrupteurs au nom des industriels et au nom de la France.

On prétendait que les voyous étaient dans les cités et qu’on allait les nettoyer au Kärcher ? On découvre qu’en réalité les voyous, les truands, les trafiquants, on les a installés au cœur de l’État !

On découvre qu’entre les deux clans principaux du parti majoritaire, entre les chiraquiens et les sarkozystes -je croyais que c’était le même parti -enfin il faut que j’apprenne un certain nombre de choses…- entre leurs trafiquants privés, personnels, entre leurs porteurs de mallettes personnelles pleines d’argent du détournement et de la corruption et, notamment, pleines d’argent du détournement et de la corruption en Afrique -c’est-à-dire que l’on prend aux plus pauvres !!!- pour donner aux dirigeants corrompus des pays les plus développés, tandis que la France souffrait et espérait de maux bien réels, se livrait une guerre meurtrière et qui n’a peut-être pas été meurtrière uniquement métaphoriquement, qui a fait des morts, hélas, bien réels.

On découvre qu’en France, du haut en bas des pouvoirs, ces réseaux tantôt alliés, tantôt affrontés, ne cessent de mettre en place des ramifications, des tentacules qui enserrent les décideurs politiques et industriels, sans que le citoyen n’en sache rien. Eh bien, nous avons à dire une seule chose, s’il y a ces affaires, affaire Karachi, affaire Djouri, affaire Bourgi, affaire Tapie, affaire Guérini, Takkiedine et compagnie, avec leurs ramifications et leurs intermédiaires, tout cela nous fait honte, et c’est à cela en vérité qu’il faut en premier lieu passer le Kärcher !

Et, pour tout cela, nous avons des alliés. Permettez-moi de dire ici que, dans la ténébreuse affaire Tapie, affaire dans laquelle nous nous sommes battus, et souvent seuls contre tous, au terme du long combat que nous avons mené de dévoilement de la vérité, c’est la justice de notre pays qui a fait ce qu’il fallait, sans se laisser intimider et sans se laisser détourner. S’il n’y avait pas eu ces magistrats et leur défense du droit, peut-être aussi simplement leur défense d’une élémentaire morale publique, nous aurions eu raison, mais nous n’aurions pas pu faire entendre raison. Je veux dire devant vous que l’analyse de Jean-Louis Nadal, que la décision de la commission des requêtes de la Cour de justice de la République honorent l’idée que nous nous faisons d’une justice indépendante. Et que, tout d’un coup, le citoyen peut reprendre espoir.

Mais nous ne pouvons pas aller au bout de cet effort sans une puissante volonté politique. Et une telle volonté politique ne peut partir que du sommet de l’État, plus exactement la puissante volonté politique du peuple citoyen ne peut être relayée que par un président de la République qui l’entend et qui la porte.

C’est pourquoi il faut en 2012 un président de la République qui n’ait de compte à rendre à aucun de ces réseaux, qui n’ait de dépendance et d’accointance avec aucune des influences qui se sont déchainées au sein de l’État depuis des décennies, sous les deux partis alternativement majoritaires. Pour conduire ce mouvement de reconstruction de la politique honnête, pas vertueuse -on n’en demande pas tant- pas donneuse de leçons de morale -il faut les épargner- mais simplement honnête, simplement propre, il ne suffit pas de changer de camp et de clan, il faut remettre les camps et leurs clans à leur place, il faut un président de la République indépendant.

Ce président de la République (tu as eu raison de dire Francesco (Rutelli) que je ne suis pas candidat !…) qui portera la volonté de changement, d’assainissement, de reconstruction civique des citoyens, il devra en premier lieu conduire le changement des Institutions.

Je suis pour que la Justice soit reconnue en France comme un pouvoir à part entière dans la République.

Je suis pour que la presse soit indépendante et que soient coupés tous les liens de dépendance économique et politique qui visent à la soumettre. Je suis en particulier pour que les responsables de l’audiovisuel public ne soient plus désignés par le pouvoir.

Je suis pour que le pouvoir législatif retrouve sa liberté de jugement et d’expression. Je suis donc pour qu’enfin en France une loi électorale juste garantisse à tous les citoyens leur droit à la représentation, leur droit au pluralisme. Je ne reconnais et nous ne reconnaissons à l’UMP ni au PS aucun droit au monopole de la représentation. Depuis des décennies, ils se sont plutôt illustrés par les erreurs et les fautes de jugement et de décision. Ils veulent avoir tous les pouvoirs du bas en haut de la pyramide politique, il est urgent de les leur refuser et de les obliger à entendre et à tenir compte de ceux, en réalité, majoritaires dans le pays, qui sont en désaccord avec eux.

Alors on me dira : vous voulez mettre les extrêmes à l’Assemblée ! Je l’assume, j’affirme que je ne le crains pas. Que dès lors qu’un parti, dans la légalité, représente des millions de citoyens, c’est une iniquité de le priver de représentation. Et je préfère combattre en pleine lumière et en pleine clarté les thèses que je réprouve, que je trouve dangereuses et offensantes plutôt que de les voir cheminer dans l’obscurité et ronger le cœur même de la vie civique.

Bien sûr et comme de bien entendu, les deux partis provisoirement dominants ne le veulent pas ! C’est bien pourquoi c’est à nous de le faire, en assurant le citoyen que la République sera refondée à partir du moment où elle n’oubliera pas qu’elle est aussi une démocratie.

Et il faudra, parce que nous, nous en avons la liberté, parce que nous ne sommes pas soumis, par chance ou par force, à la contrainte de réseaux d’élus bien décidés à paralyser la décision sur ce sujet, il faudra mettre un terme au cumul des mandats de parlementaires, au moins de députés avec les fonctions exécutives d’élu local.

Pour une démocratie digne de ce nom, il est une règle simple. Il faut cesser de faire des dettes. Il faut apurer le bilan. Car ce n’est pas une démocratie digne de ce nom que celle qui ose honteusement met à la charge de ses enfants son train de vie élémentaire et ses gabegies. Ce n’est pas durable, et c’est proprement honteux de la part d’une génération qui a reçu elle- même son pays équipé, et sans dette.

Nous avons été les premiers en France, en tout cas parmi les premiers en Europe, à défendre l’idée d’une règle d’or.

Ce qu’est la règle d’or… Ce que dit le texte du gouvernement, ce n’est pas tout à fait la même chose. La règle d’or, c’est une idée simple. C’est l’idée que l’on peut, certes, s’endetter pour investir, mais qu’il ne faut pas s’endetter pour le fonctionnement courant de l’État.

La règle d’or, c’est très simple, cela veut dire interdire les déficits de fonctionnement au moins en période de croissance. C’est ce que nous avons présenté. C’est ce qui vient d’être adopté en Espagne grâce au courage de M. Zapatero avec l’aide du consensus de la majorité centrale espagnole. C’est ce qui a été adopté en Allemagne. C’est ce qui devra être adopté en France.

Et je dis au Président de la République qu’il devrait convoquer le Congrès du Parlement, Assemblée nationale et Sénat, simplement pour mettre toutes les sensibilités politiques du pays devant leurs responsabilités. Qu’ils disent ce qu’ils vont faire !

Je ne suis pas emballé par le texte du gouvernement, franchement, je le trouve compliqué, mais, au moins, c’est un signal. Alors, que le Président de la République fasse ce qu’il faut pour que les Français obligent par leur pression et, en tout cas, que les responsables politiques puissent montrer devant les Français quelle est leur détermination.

Rien n’est plus absurde que ce que nous avons entendu jeudi soir des responsables politiques qui disent : je suis pour la règle d’or, mais je ne l’adopterai qu’après avoir été élu.

Si c’est bon pour demain, c’est bon pour aujourd’hui, et il est temps de le faire !

Je ne parlerai pas, car le temps avance, et j’en ai déjà beaucoup parlé pendant ces journées et tout au long de cette rentrée, du rééquilibrage des finances publiques, des cent milliards sur mille milliards qu’il est nécessaire de trouver pour que ces dépenses publiques retrouvent l’étiage à partir duquel la dette n’augmente plus.

Il faudra naturellement que l’on baisse les dépenses, celles qui ne sont pas utiles. Et j’ai dit ce que je pensais de la sanctuarisation des dépenses essentielles d’enseignement particulier.

Il faudra aussi augmenter les impôts. Et tout responsable politique qui prétend devant vous qu’il n’augmentera pas les impôts, regardez-le bien, c’est un menteur ! Tout le monde y sera obligé et, comme ceux qui ont lu mon livre le savent, je détaille ce que je crois nécessaire comme augmentation : création de deux tranches supplémentaires d’impôt sur le revenu à 45 et 50 pour cent pour ceux dont les revenus sont les plus importants, amélioration d’un rééquilibrage d’un certain nombre de niches fiscales qui ne sont pas des niches fiscales utiles.

Et j’ai dit, comme je refuse d’être démagogue et que je veux dire la vérité à mon pays aussi difficile qu’elle soit, que je crois nécessaire et que je suis certain que tous les dirigeants décideront d’une augmentation modérée, mais réelle de 2 points du taux de la TVA dans notre pays. Ce que les Allemands ont fait en ajoutant 3 points, nous nous pouvons le faire en en ajoutant 2, parce que c’est le seul moyen d’être sérieux et rapide dans le rééquilibrage des recettes qui doivent permettre et autoriser le retour à l’équilibre.

Je connais parfaitement -je vais au moins les énumérer- le nombre et l’importance des défis qui sont devant nous et qui ne pourront pas être relevés, si on ne fait pas préalablement le chemin décrit dans ces trois verbes : produire, instruire, construire une démocratie digne de ce nom.

Sur tous ces sujets d’avenir, naturellement, je m’exprimerai dans les mois qui viennent.

Je m’exprimerai sur l’écologie. Je n’en parle pas en démagogue. Je n’en parle pas en théoricien. Je n’en parle pas en spectateur. J’en parle en militant, en militant de la vie, en militant du vivant, en militant de la terre, de l’air, de l’eau, des montagnes, des rivières et des espèces, j’en parle en militant des arbres, en militant des vergers, en militant des animaux, en militant des abeilles.

Je suis très fier d’avoir cinq ruches qui me permettent de défendre l’écologie, non pas seulement abstraitement, mais y compris quelques fois de manière brûlante… Je n’en parle pas seulement en croyant, j’en parle en pratiquant !

J’ai été très heureux d’entendre reprendre hier dans le débat sur l’écologie une formule que nous avons défendue : une écologie pour l’Homme. Non pas une écologie contre l’Homme ou sans l’Homme, non pas l’écologie malthusienne de ceux qui croient que la terre serait meilleure si elle était débarrassée de l’humanité, ou si l’humanité était fortement réduite à la surface de la terre, mais une écologie avec l’Homme et pour l’Homme. Pour la nature et pour l’Homme, parce que la nature et l’Homme sont pour nous indissociables, et que nous voulons défendre l’un et l’autre, l’un pour l’autre.

Sur l’énergie, nucléaire, alternative, dont le débat du PS a donné une vision pour le moins confuse, sur les transports, sur le logement, sur l’agriculture, je me prononcerai précisément, sans éluder aucune question. Je n’oublierai pas en particulier que, le nucléaire, c’est bien sûr 75 pour cent de l’électricité, mais que le pétrole et le gaz c’est 75 pour cent de l’énergie dépensée en France. Et que donc la question des gaz à effet de serre, c’est une question aussi vitale que celle du nucléaire.

Mais je veux vous dire ceci : est essentielle pour moi l’idée que l’aspiration écologiste, c’est l’aspiration à un autre mode de vie, plus sobre, plus économe, moins gaspilleur, moins consommateur, moins superficiel, moins consommateur de n’importe quoi, pour être mieux consommateur de ce qui compte. Ce modèle de vie, c’est une résistance et, cette résistance, nous la prenons en compte et nous en prenons notre part.

Je parlerai de la santé. C’est une crise parallèle à la crise de l’enseignement qui mine le monde de la santé. Les bras qui tombent, qui se baissent devant tant d’énergie perdue, tant d’incompréhension, tant de contraintes administratives. Une vocation atteinte dans son exercice, dans sa transmission, dans son organisation, dans sa confiance, alors qu’elle est pour le monde objectivement une référence.

Je parlerai des familles, de toutes les familles, des enfants, des enfants de toutes les familles. Je défendrai l’idée que l’être humain a d’abord, avant tout, besoin d’échapper à la solitude, et que, notre ennemie, c’est la société d’indifférence et de solitude. Je défendrai les familles, alors que personne ne parle plus d’elles. Je le ferai parce que, traditionnelles ou nouvelles, elles sont le recours et l’avenir du monde.

Je parlerai de culture. Je parlerai de culture parce que je parlerai de création. Je n’ai jamais fait de différence. J’ai tout à l’heure commencé par l’enjeu de la production. Or, la production, c’est, à mes yeux, également sans distinction la production agricole, la production industrielle, la production scientifique, la production technologique, et la production culturelle. Tout cela relève de la même création et toutes ces productions s’imbriquent et se relaient. Le design, par exemple, le numérique, par exemple, le logiciel, par exemple. C’est à la fois de la culture, de la science, de la recherche et de la production, y compris industrielle, et de la commercialisation. Et, donc, si nous voulons reconstruire la création, il faut défendre et reconstruire toutes les créations, au premier rang desquelles la création culturelle.

Je parlerai des langues : je parlerai du français que j’aime, comme croyant et, j’espère, comme pratiquant, et je parlerai des langues régionales que je considère, comme le Français, faisant partie de notre trésor national.

Je parlerai de laïcité, et je parlerai de laïcité, si vous me le permettez, comme un homme de foi peut en parler. Parmi les biens que la France a apportés au monde, France mère des arts, des armes et des lois, comme disait quelqu’un de très honorable, il en est un de ces biens précieux qui je vous le dis s’imposera un jour, je le crois, partout où les hommes voudront vivre libres, égaux en droits et amis entre eux. Ce bien, c’est la laïcité. Je l’ai défendu à temps et quelque fois à contretemps. Sans jamais faiblir un seul jour. Y compris dans les dérives des premières années du mandat actuel, lorsque ceux qui ont mission de s’exprimer au nom de l’État croyaient habile de faire des différences et des classements et des hiérarchies grossières entre l’instituteur et le curé.

Je parlerai de laïcité en disant ce que je crois le plus profond : c’est que la séparation stricte entre la foi religieuse et la loi civique, entre le pouvoir politique et la religion, sauve la société pour que vivent ensemble des gens différents, et élève la foi en la libérant des obligations et des soumissions d’État. Je parlerai de laïcité en défendant le droit de croire et de ne pas croire et d’être sceptique et de ne pas savoir. Le droit d’être libre dans son cœur, l’égalité en droit, en dignité, en reconnaissance, de ceux qui croient au ciel, de ceux qui n’y croient pas, de ceux qui ne savent pas, de ceux qui ne savent plus, de ceux qui ne savent pas encore, et de ceux qui ne savent même pas qu’ils ne savent pas.

Et je dirai même que je suis d’accord avec les responsables de l’État lorsqu’ils ne veulent plus de prières de rue, lorsqu’ils font sur ce point appliquer la loi de 1905, parce que c’est la loi, depuis cette date, qui donne aux maires droit et devoir sur l’expression de la religion dans l’espace public. J’ajouterai que je les approuve aussi lorsqu’ils accompagnent cette interdiction de l’offre de lieux de prière, à condition que ces lieux de prière soient décents et adaptés.

Je parlerai enfin de l’Europe. L’Europe en jachère au moment où l’on aurait le plus besoin qu’elle soit en bonne santé, rayonnante et forte, qu’elle parle, qu’elle décide, qu’elle porte avec elle une vision. Je ne parlerai pas aujourd’hui de ce que l’Europe devrait faire, de ce que nous voudrions que l’Europe décide, vous le savez -solidarité, mutualisation, notamment de la dette ou d’une partie de la dette, garantie coopérative, refus de la non-assistance aux Européens en danger, détermination, volonté et pas mollesse- tout cela vous le savez.

Je voudrais aborder un point qui n’est jamais abordé.

Je vais vous surprendre : je pense que la première difficulté de l’Union européenne, de ses « dirigeants » -j’ai mis dirigeants entre guillemets car je crois qu’ils ne dirigent pas grand-chose- c’est qu’elle ignore une règle dont je voudrais faire l’article 1er de sa charte démocratique. La première exigence d’une institution démocratique, c’est l’intelligibilité, que l’on puisse comprendre ce qui s’y passe. Aucune institution démocratique ne peut être légitime, si, dans son fonctionnement, elle est incompréhensible pour les citoyens dont elle a la charge ! Et aucune institution démocratique ne peut être légitime, si on a organisé les choses de manière que ses dirigeants soient absolument inconnus des citoyens, non élus par eux, et de surcroît n’aient aucun moyen de décider vraiment et d’entraîner vraiment !

Parce qu’en démocratie, il n’y a pas de pouvoir qui ne soit incarné, c’est cette évanescence-là, cette absence d’incarnation-là qui fait que l’Europe est devenue incompréhensible à tous ceux qui la forment.

Voilà un tour d’horizon, un point de vue large sur ce que nous avons à faire et ce que suppose ce verbe « reconstruire ».

De ce « reconstruire » dont nous avons fait notre raison d’être pendant ces trois jours et qui est inscrit derrière moi, le plus important, c’est ce qui n’est pas écrit : c’est le complément d’objet direct. Reconstruire la production, reconstruire l’éducation, qui sont en quelque sorte les « labourages et pâturages » du XXIème siècle- c’est un clin d’œil à mon ami Henri IV et à mon copain Sully- reconstruire la République en démocratie, c’est aussi, entre les lignes, et c’est pour moi le plus important et je finis sur cette idée, reconstruire un idéal pour nous faire vivre.

L’homme vit bien entendu de pain, de travail, d’air et d’eau, il vit de liberté, il vit de culture. Mais il vit d’abord de ses enfants et des enfants des autres. Et on ne peut pas vivre d’enfants, si on ne sait pas dire dans quelle maison ils vont habiter, si on ne sait pas leur dire ou leur montrer ce qui vaut la peine, ce qui est beau, ce qui est grand.

Nous n’avons jamais oublié pendant ces trois jours, des révolutions arabes à l’Europe en jachère, du pouvoir qu’un jour on pourra à nouveau estimer, du social, de l’écologie, de la justice, nous n’avons jamais oublié que c’était d’abord cela qu’il s’agissait de reconstruire.

Un monde, une Europe, une France que nos enfants pourront aimer. »

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« Centristes, les divisions doivent céder la place à une unité retrouvée ! »

Posté par auplaisirdesyeux le 17 septembre 2011

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François Bayrou, président du Mouvement Démocrate appelle les centristes à l’unité, dans une tribune publiée par le journal Le Figaro, samedi 10 septembre.

Pour le député des Pyrénées-Atlantiques, « la vocation historique du Centre est de refuser la bipolarisation, ses caricatures et finalement son impuissance », pour devenir « la clé de voûte » d’une majorité nouvelle.

« La crise est là. Pendant longtemps elle menaçait. Maintenant, elle est une certitude. Tous ceux qui expliquaient que « la France était mieux placée que les autres », la foule de ceux qui affirmaient qu’il n’y avait « aucun problème de dette », qu’un « pays souverain était par définition infiniment solvable », que « la croissance était une question de volonté », et tous les « docteurs tant mieux » et tous les « docteurs tant pis », tous ceux-là vont désormais devoir vivre sous la loi de la crise, c’est-à-dire de la réalité.

Devant la crise, deux questions se posent.

La première : « est-ce qu’on peut s’en sortir ? ». Pour l’instant, on n’aperçoit aucun horizon d’espoir. On sait qu’aucun gouvernement n’échappera à la rigueur. Mais si une politique se limite à des coupes sans fin dans l’action publique, cette politique est décourageante et ne peut déboucher que sur la traduction économique du découragement : la récession. Au-delà des efforts collectifs d’économie et de contribution supplémentaire, il faut à l’horizon un espoir crédible. Pas seulement le retour de l’équilibre, mais celui de la créativité et de la prospérité. Pour notre pays, pays des grands défis agricoles et industriels, s’étant laissé exclure de ses produits et de ses marchés, tout recommencera par la reconquête du « produire en France », de l’inventer en France, du concevoir en France. Et si l’on exclut les leurres et les illusions du protectionnisme, « produire » exige recherche, science, souplesse, priorité à l’entreprise, changement du climat social, de la législation du travail s’il le faut, ménagement des marges des entreprises, effort sur l’image de marque de la France, mise en réseau des PME avec les grandes entreprises et les universités. Il est prouvé que c’est une politique efficace, et efficace à court terme : l’Allemagne l’a conduite avec un succès reconnu partout en Europe et dans le monde en moins de cinq ans.

La deuxième question est : « quelles sont les conditions pour s’en sortir ? ». Cette question est politique. La politique de courage que les événements vont nous imposer, comme ils l’ont imposée il y a sept ans à M. Schröder en Allemagne, ne pourra être conduite par aucune des deux majorités traditionnelles de droite contre la gauche ou de gauche contre la droite. Dans un pays coupé en deux, l’une comme l’autre trouverait face à elle une opposition irréductible, plaidant la politique du pire. L’une comme l’autre vivrait sous la pression de forces qui, de l’intérieur, défendent des thèses incompatibles avec le redressement du pays. L’idée qu’il faudrait pour sortir de la crise préalablement mettre un terme à la mondialisation, renverser les marchés financiers, sortir de l’euro ou renvoyer les immigrés, ces idées-là, outre le caractère insupportables de leurs principes ou de leurs conséquences, sont purement et simplement des leurres. S’il fallait remplir ces préalables on attendrait la Saint Glin-glin. Or c’est maintenant qu’il faut agir.

La politique du courage ne peut se bâtir que sur un constat : les problèmes ne viennent pas de l’extérieur, ce sont les nôtres et les solutions sont chez nous. Et c’est tout de suite qu’il faut trouver les réponses, budgétaires, sociales, fiscales, industrielles, éducatives.

S’il est vrai qu’aucune des deux majorités traditionnelles n’a la solidité de conduire cette politique du courage, alors il faut une majorité nouvelle.

Cette majorité nouvelle, majorité du courage, sera forcément une majorité centrale. Une telle majorité s’est imposée et s’imposera de nouveau en Allemagne. Elle est en gestation en Italie. Elle a permis à Zapatero d’imposer en Espagne la règle d’or. Elle s’imposera en France, au rythme de l’aggravation prévisible de la situation du pays.

À cette majorité nouvelle, il faut une clé de voûte. Là est la responsabilité du centre. La vocation historique du centre est de refuser la bipolarisation, ses caricatures et finalement son impuissance. Aujourd’hui où la bipolarisation va se trouver en échec, la responsabilité décisive d’un centre reconstruit, digne et fort, sera de rendre possible le nouvel équilibre politique du pays.

Pendant des années, les responsables issus du centre ont pu hésiter et se diviser sur la ligne à suivre. Certains ont pu penser, et cela a donné lieu à de durs affrontements entre nous, que nos idées seraient mieux défendues par l’organisation de courants internes à l’un ou l’autre des deux camps. De préférence à droite. Oublions ces débats, ils sont derrière nous : la réalité a tranché. Regardons seulement les devoirs que nous avons à remplir : une pensée solide, des lignes directrices qui ne tournent pas au premier vent, des institutions rénovées, la chasse aux « affaires » douteuses qui ont empoisonné ces dernières années, une solidarité retrouvée pour que le grand courant au centre de la vie démocratique du pays pèse de son véritable poids dans les temps à venir. L’urgence est que les divisions cèdent la place, sur des bases saines, à une unité retrouvée.

Non pas seulement pour 2012 comme on le lit trop souvent, mais aussi pour les temps à venir à partir de 2012 : ces temps qui exigeront que l’on dise la vérité, toute la vérité au pays, et que chacun, enfin, assume ses responsabilités. »

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« La production et l’éducation méritent la mobilisation de toutes les forces du pays »

Posté par auplaisirdesyeux le 3 septembre 2011

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François Bayrou était l’invité de France Info lundi 29 août. Il a réagi après l’université d’été du PS, déclarant que « le Parti Socialiste n’a pas aujourd’hui les réponses à ce qui se passe dans notre pays ». Il a par ailleurs exposé ses priorités pour la France : « la production et l’éducation méritent la mobilisation de toutes les forces du pays », a-t-il insisté.

Un des temps forts de l’actualité, c’est l’université d’été de La Rochelle, pour l’instant c’est François Hollande qui est bien parti, est-ce que c’est celui que vous redoutez le plus, le plus capable de séduire vos électeurs ?

Quitte à vous décevoir, je n’ai pas cette réaction. Je ne redoute aucun candidat du PS, je pense que le Parti Socialiste n’a pas aujourd’hui, et beaucoup de Français le voient, les réponses à ce qui se passe dans notre pays. Je ne parle pas de ça avec condescendance, je sais bien que ce n’est pas facile de dégager des candidats quand on est un immense parti comme le PS. Mais justement, ce qui m’a frappé, c’est que de ces trois jours, aucune idée nouvelle n’est sortie. Je n’ai pas entendu la moindre approche nouvelle qui puisse donner aux Français le sentiment ou la certitude qu’il y avait un chemin. On a des rivalités de personnes, c’est normal dans une formation politique, qu’on dissimule sous des embrassades c’est aussi normal dans une formation politique, mais quant aux idées pour sortir le pays dans la situation profondément déprimée dans laquelle il se trouve et des difficultés énormes qui sont devant lui, à la fois dette, déficit, pouvoir d’achat, chômage, enfin tout ce que vivent ce qui nous écoutent en ce moment de rentrée, alors là pas d’idées nouvelles apparues et c’est un peu la faiblesse de la situation dans laquelle nous sommes.

Au Parti Socialiste, il y a plusieurs candidats pour un seul fauteuil. Au centre aussi, il y a pas mal de candidats potentiels ; vous, Hervé Morin, Jean-Louis Borloo, et pourquoi pas aussi Dominique de Villepin. Est-ce que tout le monde va y aller ou va-t-il falloir faire des alliances ?

Vous verrez bien, cela va se décanter de la manière la plus efficace et, au bout du chemin, il n’y aura qu’une seule personnalité pour représenter cette famille et ce sera la plus cohérente, et la plus authentique. On ne peut pas employer le mot de centre et puis en même temps être le choc des camps l’un contre l’autre. Il n’y a aucune hésitation pour moi. Mais ce n’est pas vraiment le sujet, le sujet c’est : a t-on un diagnostic sur ce qui se passe en France et a t-on un chemin a proposer pour en sortir ? Je viens comme vous le savez d’éditer un livre, « 2012 Etat d’urgence », qui dit ceci : dans la situation du pays où nous sommes, qui est extrêmement dégradée, complexe et inquiétante, si on cherche au fond les causes de ce qui se produit, ce qui nous a amené dans les difficultés dans lesquelles nous sommes, alors on en trouve deux. Les deux sujets de préoccupations nationales, c’est premièrement : produire en France. On ne produit plus dans notre pays et c’est pour cela que des milliards et des milliards s’en vont pour aller alimenter l’industrie et la production des pays qui nous entourent.

Comment donc relancer la machine ?

Il y a beaucoup de choses a faire ; d’abord reconquérir les secteurs que nous avons abandonnés. Parce qu’il y a un paradoxe formidable, impressionnant, que nous avons la maîtrise de très grande industries. Quand on sait faire des airbus, quand on sait faire des satellites, des fusées, de la pharmacie, de la chimie fine, alors on est un pays industriel. Pourquoi avons-nous abandonner l’équipement de la maison, le textile que sais-je ? On nous disait il y a quelques mois que c’était à cause de l’euro et des salaires trop élevés. Mais ce n’est pas vrai. Regardez l’Allemagne, c’est la même monnaie, les mêmes salaires que les nôtres. Regardez même l’Italie, nous sommes gravement déficitaires vis-à-vis de l’Italie, pire encore, nous sommes gravement déficitaire vis-à-vis de la Belgique. Les problèmes sont chez nous, dans l’organisation du travail, peut-être dans la manière dont on le présente, peut-être dans l’absence de PME, on favorise trop les grandes entreprises, pas assez les moyennes, on n’a pas soutenu l’image de marque de la France.

Relancer la production c’est une vision à long terme mais à court terme comment fait-on pour faire des économies, pour boucler un secteur en pleine crise ?

On ne se tirera de cette question que par un plan d’ensemble. Il faut faire des économies dans le train de vie de l’Etat, au sommet de l’Etat, dans les déséquilibres des comptes sociaux, dans les niches fiscales qui sont mal organisées, mais il faudra aussi des ressources nouvelles, il faudra une tranche supplémentaire d’impôt sur le revenu. La tranche marginale doit être portée à 45 pour cent au lieu de 41 pour cent pour les hauts revenus, et pour les plus hauts revenus il faut une tranche à 50 pour cent. Je pense aussi qu’on ne s’en tirera pas sans poser la question du niveau de la TVA et ceci sera un débat national. Mais c’est dans un grand plan d’équilibre.

L’éducation, c’est le deuxième sujet de votre livre, nous sommes à une semaine de la rentrée scolaire, cela veut dire que même en temps de crise on ne doit pas faire d’économie sur le budget de l’éducation ?

On doit dépenser mieux mais il faut les moyens de l’éducation, il faut les garantir dans le long terme, de manière équilibrée. On se fixe des objectifs qui fassent revenir la France dans le classement des dix pays dont l’éducation est la meilleure. Nous avions la meilleure éducation du monde, et dans le dernier classement qui vient de sortir, nous sommes, en compréhension et en calcul, je crois au 23 et 24ème rang. Cela fait honte. Ce n’est pas la France ! Nous avons cette exigence devant nous qui est à la fois une exigence de justice sociale et une exigence de progrès du pays, et du sort de chacun, l’ascenseur social comme on dit. En tout cas ces deux objectifs-là, produire et instruire, méritent la mobilisation de toutes les forces du pays, au-delà même de la guerre des camps un peu stupide dans laquelle nous sommes.

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« On ne s’en tirera pas sans un effort de la nation tout entière »

Posté par auplaisirdesyeux le 28 août 2011

François Bayrou, invité de RTL vendredi 26 août à l’occasion de la sortie de son livre « 2012 Etat d’urgence », a pu réagir sur le plan annoncé par François Fillon, le qualifiant de « plan de rustines », composé de « mesures anecdotiques » qui « ne sont pas à hauteur de la situation ». Il a appelé à « un effort de la nation toute entière » et a abordé ses propositions afin de sortir de la crise actuelle.

Jean-Michel Apathie : La crise, la dette, l’heure est grave. Vous évoquez toutes ces questions dans le livre que vous publiez cette semaine : « 2012, Etat d’urgence ». « Ce qui vient d’arriver au Portugal, à la Grèce ou à l’Espagne, peut nous arriver d’un jour à l’autre. Baisse du salaire des fonctionnaires, baisse des retraites, coupes sévères et sans pitié dans les dépenses sociales, cela peut être notre sort dans quelques semaines ou quelques mois », écrivez -vous. Le plan Fillon ne va pas nous éviter cela ?

François Bayrou : Non, le plan Fillon c’est un plan de rustines. Toutes les mesures ne sont pas mauvaises évidemment, mais il y en a certain nombre qui sont anecdotiques : taxer les boissons sucrées pour créer un impôt sur le Coca-Cola ou les sodas, ce n’est pas à la hauteur de la situation. L’idée selon laquelle on va augmenter la TVA des tickets d’entrée des parcs à thèmes, et festivals : on gratte les fonds de tiroirs au lieu d’avoir un plan cohérent expliqué à tous les Français qui permette de voir quel chemin on va suivre pour s’en sortir. Pardonnez-moi de reprendre votre expression, vous dites que le sujet de mon livre c’est la dette, non. Le sujet du livre c’est la cause de la dette : regardons ce qui fait que la France est obligée de s’endetter, pourquoi notre société est à ce point en difficultés et répondons aux deux questions qui sont pour moi la cause de là où nous sommes. Première question : on ne produit plus en France, donc produire, et instruire, l’éducation. Produire et instruire, voilà pour moi les deux sujets sur lesquels nous devons concentrer notre attention, tous nos efforts et si possible notre inventivité et on pourra s’en sortir.

Quand on est un responsable politique, il faut traiter la dette. Augmenter la dette, augmenter les impôts, couper dans les dépenses sociales ? Car vous dites qu’il aurait fallu un grand plan mais quelles en auraient été les mesures ?

D’abord, cela ne peut pas être un plan bricoler en quelques jours ou en quelques heures comme on l’a fait pour celui-là. C’est une réflexion de toute la nation qui demande sur quoi nous devons concentrer nos efforts, produire et instruire. Quelles sont les dépenses que nous devons baisser ? Il y a des dépenses d’intervention, de l’Etat, des collectivités locales et il faut en prendre compte les deux. Et enfin quelles sont les ressources nouvelles que nous avons ? La création de deux tranches supplémentaires de l’impôt sur le revenu une à 45 pour cent au lieu de 41 pour cent pour les revenus élevés, et une à 50 pour cent pour les revenus très élevés. Je pense aussi qu’on ne s’en tirera pas sans faire un effort de la nation toute entière et j’ai proposé une hausse de 2 pour cent de la TVA pour apporter les ressources nécessaires au rééquilibrage du pays. Parce que si le pays est déséquilibré, et continue à être bancal, on ne s’en tirera pas. La conséquence du fait qu’on ne produit plus c’est le chômage, 36 000 chômeurs de plus en juillet, 36 000 au mois de juin, près de 30 000 au mois de mai.

Vous croyez vraiment qu’il est possible d’augmenter les impôts et de stimuler l’activité ? Il n’ y a pas justement l’exemple grec qui nous montre que quand on augmente les impôts, c’est sans doute inévitable, ce n’est pas là qu’on crée de la richesse ?

Toutes les mesures qu’il y a à prendre peuvent forcément être critiqués dans leurs principes. Nous préfèrerions un pays dans lequel il n’y a pas d’impôts et dans lequel la dépense publique soutienne à la fois l’activité et les services publics. Or ce n’est pas possible.

Non, je voulais plutôt dire, n’y a t-il pas quelque chose de faux de dire qu’on augmente les impôts parce que c’est nécessaire et en même temps on crée de l’activité, il n’y a pas de problème ? Quand on crée plus d’impôts, il est difficile de croire que des richesses vont être créées.

Je vous le dis : il n’y a pas de majorité quelle qu’elle soit, il n’y a pas de pouvoir à partir du mois de mai, qui pourra laisser la France dans la situation où elle se trouve. Et ceci est très important car c’est l’exigence de vérité qui doit présider au débat public dans la préparation de l’élection présidentielle. Tous ceux qui raconteront des histoires seront sanctionner par les Français. Les Français veulent deux choses : qu’on leur dise où l’on en est et que l’on leur montre un chemin pour en sortir.

Sondage BVA ce matin sur RTL, pour l’élection présidentielle « Préfèrerez-vous une victoire de la gauche ou de la droite ? » Réponse : 64 pour cent de la Gauche.

Je pense qu’il y a une très grande ambiguité dans ces questions, c’est laisser croire qu’en France il n’y a que gauche et droite. Quand les Français répondent à cette question entendent : « voulez vous une victoire du pouvoir ou un changement qui fasse qu’une nouvelle majorité s’impose ? ». En tout cas, c’est ce que je crois. Résumer le débat à gauche contre droite avec la droite qui est dans l’état que l’on voit et la gauche qui, selon moi, dans son programme se trompe avec des promesses fallacieuses parce qu’elles ne seront pas respectées, tout ça ne répond pas à l’exigence de vérité qu’on disait.

Vous pensez que vous pourrez, entre la droite et la gauche, faire une offre comme vous avez pu la faire en 2007 ?

Oui, pas seulement entre, mais autre. Parce que, ce que je crois, c’est que ces deux questions du livre, produire et instruire sont insolubles dans le duel droite/gauche que nous vivons depuis 50 ans. L’Allemagne nous l’a montré incroyablement ; ils étaient derrière nous il y a sept ans et aujourd’hui ils écrasent l’Europe. Seule une majorité centrale, centre gauche-centre droit est capable d’être la majorité du courage qui prendra des décisions nécessaires.

Que restera t-il du fait divers DSK dans la vie politique à votre avis ?

Je pense que c’est une question qui se pose d’abord à lui et puis peut-être une exigence pour les responsables publics.

Je ne vous ai pas demandé si vous serez candidat en 2012 ?

Eh bien voilà, vous connaissez la réponse à cette question, il n’y a que l’élection présidentielle qui permette de poser comme nous venons de le faire, devant le pays les questions de son avenir. Et c’est donc à l’élection présidentielle que peuvent se défendre des projets de changement et de nouvelles espérances dont la France a besoin.

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« La question de l’heure, c’est redressement contre effondrement »

Posté par auplaisirdesyeux le 20 août 2011

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Répondant à une interview du Figaro le 17 août 2011, François Bayrou est revenu sur les sujets abordés dans son livre « 2012 Etat d’urgence » à paraître le 18 août. Il déplore notamment que l’éducation nationale soit « descendue au-delà du vingtième rang des pays développés » et évoque l’exemple des mesures prises par l’Allemagne pour « libérer les forces de production », qui doit être en France « porté par une majorité centre gauche-centre droit » ; une « majorité du courage », l’a-t-il qualifiée.

Le Figaro : Vous dressez un état des lieux alarmiste de la situation de la France, mais vous écrivez que «les mauvais jours passeront». Comment ?

François Bayrou : Quand la France saura concentrer toutes ses forces sur les deux sujets de vie ou de mort qui expliquent tous nos échecs et dont, selon moi, dépend tout notre avenir. Les deux sujets de la bataille décisive. Le premier front, c’est produire en France. L’hémorragie de la production se lit dans les chiffres de notre commerce extérieur. De semaine en semaine, nous achetons à l’étranger toujours plus que nous ne vendons. Au rythme de 75 milliards par an: 75 mille millions d’euros qui s’en vont en douze mois. On comprend alors pourquoi le pouvoir d’achat tombe, pourquoi nous ne pouvons plus soutenir le contrat social et les services publics. Et pourquoi il faut emprunter toujours plus, jusqu’au surendettement. Quant à l’éducation nationale, elle est descendue au-delà du vingtième rang des pays développés. Voilà où il faut se battre.

Pour son redressement, vous souhaitez que la France suive le chemin de l’Allemagne de Gerhard Schröder et adopte un «agenda 2020». De quoi s’agit-il ?

En 2004, l’Allemagne était dans une situation aussi grave que la nôtre aujourd’hui. Tous les feux étaient au rouge. Le dos au mur, le chancelier social-démocrate a fait adopter, contre la gauche de sa majorité, l’agenda 2010, ensemble de mesures courageuses pour libérer en Allemagne les forces de production. En cinq ans, dès 2009, le redressement a été spectaculaire. En 2011, son commerce extérieur est triomphant, de 150 à 200 milliards d’excédents. En Allemagne, aujourd’hui, c’est l’agence pour l’emploi qui licencie, faute de chômeurs! La France doit adopter un agenda 2020, adapté à sa société, pour obtenir les mêmes résultats. L’agenda 2010 allemand a été porté par une majorité centre gauche-centre droit. Cette majorité du courage existe aussi en France. Il suffit de la vouloir.

Quels en seraient les contours ?

Ce ne peut être qu’une majorité centrale. Aujourd’hui, la gauche classique et la droite classique sont gravement divisées. On agite à droite comme à gauche le leurre de la démondialisation. Les plus durs imposent leurs obsessions, l’immigration d’un côté, «faisons payer les riches» de l’autre. La droite prétend qu’elle n’augmentera pas les impôts. La gauche additionne les promesses intenables, 300.000 emplois-jeunes sur fonds publics, allocations pour tous les étudiants, retour à la retraite à 60 ans, augmentation de budgets. Tout cela va dans le mur. Il faut une majorité du courage qui osera dire que les problèmes sont chez nous, et ne viennent pas d’ailleurs. La question de l’heure, c’est redressement contre effondrement. Venant de gauche, de droite et du centre, le moment est venu, pour les hommes et les femmes responsables, de faire leur devoir.

Vous préconisez une hausse de deux points de la TVA.

Pour revenir non pas à l’équilibre des comptes publics, mais à l’étiage où la dette n’augmente plus, il faut, en économies et en ressources nouvelles, trouver de 80 à 100 milliards par an. Pour cela, il faut réduire les dépenses: diminuer le train de vie de l’État et de ses dirigeants ; passer un contrat de modération avec les collectivités locales ; rééquilibrer les comptes sociaux. La vérité exige de dire qu’il faudra aussi augmenter les recettes de l’État. Je suis favorable à un relèvement de deux points de la TVA, à la création de deux tranches de l’impôt sur le revenu à 45 et 50 pour cent pour les revenus les plus élevés.

Le triple «A» de la France est-il menacé ?

Le risque est fort, bien sûr. Si l’on additionne les trois critères du déficit, du stock de dettes et de la croissance, la situation de la France est d’une extrême fragilité. Si l’épée de Damoclès nous tombe sur la tête, il faut savoir de quoi nous allons le payer. Les premiers exposés seront les retraites et les salaires des fonctionnaires. Regardez l’Espagne, l’Italie, le Portugal. Mais ce ne sont pas les agences de notation qui ont provoqué ce drame. C’est nous-mêmes qui avons laissé se créer notre fragilité.

Le président doit-il convoquer le Congrès sur la «règle d’or» ?

À sa place, je le ferais. Le texte que le gouvernement a fait voter n’est pas simple et clair comme je l’aurais voulu, mais c’est au moins un signal. Certes, je comprends que les socialistes regimbent à recevoir des leçons de vertu d’un gouvernement qui a tant creusé les déficits. Mais la tactique n’est plus de saison. Ce sera l’heure de vérité. Pour ma part, je prendrai mes responsabilités.

Dans ce livre, vous êtes moins sévère envers Nicolas Sarkozy que vous ne l’étiez dans Abus de pouvoir. Le président a-t-il changé ?

Je ne sais pas si les hommes peuvent changer. Mais s’ils sont moins en transgression, si leur comportement est moins provoquant, pourquoi ne pas le reconnaître? Nicolas Sarkozy paraît plus retenu, moins dans le superficiel. Mais cela n’efface pas les fautes des premières années du mandat, qui ont tant coûté au pays, dans ses valeurs et moralement.

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« Je voterai la règle d’or, en cohérence avec ce que j’ai dit depuis des années »

Posté par auplaisirdesyeux le 31 juillet 2011

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François Bayrou, président du Mouvement Démocrate, a répondu aux questions de la rédaction du journal France Soir, jeudi 28 juillet.

Il revient notamment sur les mesures qu’il a défendu auprès de Nicolas Sarkozy, face à la crise de la zone Euro.

France-Soir. La France est-elle à l’abri, demain, d’une situation à la grecque ?

François Bayrou. La France n’est pas à l’abri du sort de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie. Si rien n’est fait, nous allons, à coup sûr, rencontrer les mêmes difficultés qu’eux. En 2007, j’avais déjà fait de cette question un élément central de ma campagne. Mais, par rapport à notre situation d’aujourd’hui, c’est presque un temps qu’on regretterait. Le déficit de la France était alors de 40 milliards. C’était déjà énorme. Or, cette année, il sera plus près de 150 milliards d’euros, c’est-à-dire qu’il a été presque multiplié par quatre.

F.-S. N’est-ce pas imputable d’abord à la crise ?

F. B. Selon la Cour des comptes, la crise ne représente qu’une petite part de notre déficit : de l’ordre de 30 milliards. Notre déficit est donc principalement la conséquence denos déséquilibres de long terme. Il est étroitement lié à une question clé : le commerce extérieur de la France s’effondre mois après mois, aggravant sans cesse nos déséquilibres. Toutes les semaines, ce sont des milliards d’euros qui s’en vont de notre pays. Quand on en est là, comment peut-on espérer -- sinon en empruntant à tour de bras -- conserver notre modèle social, notre niveau de vie, nos services publics ? Cette situation appelle une prise de conscience générale. Pour l’instant, l’euro nous protège. Si l’euro n’existait pas, le château de sable se serait déjà écroulé…

F.-S. On ne peut pas emprunter sans fin…

F. B. C’est pourtant là que nous en sommes ! Ce n’est pas sans raison que j’ai, depuis quatre ans, multiplié les alarmes sur la situation du pays. Ce qui est incroyable dans cette situation, c’est que certains à gauche demandent à dépenser plus : elle annonce des emplois publics supplémentaires par centaines de milliers ! Aujourd’hui, entre les candidats PS, c’est un débat adapté à la campagne de 1995 ou à celle de 2002, pas à celle de 2012. Un certain nombre d’entre eux le savent très bien d’ailleurs !

F.-S. Vous avez été reçu lundi à Élysée par Nicolas Sarkozy pour évoquer justement la question de la dette. Que lui avez-vous dit ?

F. B. J’ai parlé longuement avec Nicolas Sarkozy du risque que fait courir à l’euro la réponse insuffisante qui a été trouvée pour la Grèce. Je lui ai aussi parlé de la « règle d’or » que je réclame en réalité depuis 2002. Pour moi, il s’agirait d’inscrire dans la Constitution la règle selon laquelle, quand la croissance est là, le déficit budgétaire est interdit, du moins en matière de dépenses de fonctionnement. A la limite, on peut imaginer que, pour investir, on puisse emprunter. Et en temps de récession, on pourrait aussi, s’il le faut, réinjecter de l’argent public. Ce n’est pas vraiment le dispositif que le gouvernement a adopté. Ce n’est pas le texte simple et clair que j’aurais souhaité. Mais c’est un pas dans la bonne direction. J’ai dit à Nicolas Sarkozy qu’à sa place j’irais au Congrès pour mettre tous les élus, de quelque bord qu’ils soient, en face de leurs responsabilités. C’est un moment grave pour le pays, une question essentielle. Je lui ai donc indiqué que, même si le texte n’était pas celui que j’aurais souhaité, je le voterais. Pour être en cohérence avec ce que j’ai dit depuis des années.

F.-S. Cette réunion du Congrès, le PS la dénonce comme un « piège »…

F. B. Je ne fais pas passer la politique politicienne avant les intérêts essentiels du pays. Ce n’est pas un piège pour le PS. La situation d’aujourd’hui, c’est un piège pour 65 millions de Français.

F.-S. Y aura-t-il encore des marges de manœuvre pour le vainqueur de 2012 ?

F. B. Oui, il en restera. Mais toutes les promesses qui ne prendront pas en compte la nécessité de reconstruire le pays sur des bases saines seront autant de promesses vaines.

F.-S. L’affaire de la dette est-elle « le » nouveau clivage ?

F. B. Je pense, depuis longtemps, que le clivage gauche droite n’a plus de sens parce que, dans les deux camps, il y a des gens qui pensent des choses radicalement différentes. Or l’élection présidentielle va se jouer sur ces questions de fond. Elle doit faire naître une approche politique nouvelle, que je porte et je recommande depuis des années.

F.-S. Nicolas Sarkozy, que vous avez tant combattu, a-t-il changé ?

F. B. En 2007, je me suis opposé à Nicolas Sarkozy parce que les valeurs qu’il proposait à la France étaient en contradiction avec ce que je crois : une place excessive accordée à la réussite matérielle, à l’argent, une manière de tourner le dos à une partie de notre histoire culturelle et sociale, le choix de favoriser les inégalités, sans compter un système de gouvernement absurde qui consistait à concentrer tous les pouvoirs entre les mêmes mains avec un gouvernement effacé. Il était le président d’un parti au lieu d’être le président d’un pays. A-t-il changé ? Les hommes peuvent-ils changer ? Il est sans doute plus retenu, et moins caricaturalement du côté des intérêts catégoriels. Sur le fond, a-t-il compris qu’un président de la République c’est quelqu’un qui doit rassembler et proposer une vision ? Sa démarche s’inscrit toujours dans cette guerre d’un camp contre l’autre. Moi, je pense qu’il faut changer la politique de la France. Lui pense qu’il faut continuer. Entre nous, c’est une contradiction majeure.

F.-S. Serez-vous candidat en 2012 ?

F. B. Je m’exprimerai à la rentrée sur ce que je considère comme essentiel pour la France. Le processus de l’élection présidentielle suivra. Aujourd’hui, je ne veux pas faire partie de ce manège de chevaux de bois, avec ceux qui montent, descendent, puis disparaissent. Ça tourne, ça tourne… Nous sommes dans le temps de la prise de conscience pour le pays. Le temps des réponses viendra à la fin de l’année quand les choses deviendront sérieuses.

F.-S. Au centre, vous êtes concurrencé par Jean-Louis Borloo…

F. B. Vraiment ? Nos démarches ne sont absolument pas les mêmes. Lui, il a été depuis dix ans un des piliers de la majorité actuelle. Ses amis et lui ont tout approuvé, tout voté, tout applaudi, tout ce qui a été, pour moi, des motifs lourds d’opposition. Aujourd’hui, il y a une querelle à l’intérieur de la majorité. C’est leur affaire. Ce dont la France a besoin, c’est d’un renouvellement profond, pas d’une guerre intestine entre radicaux et UMP. Dans une élection présidentielle, deux questions comptent : quel est le chemin ? Qui propose ce chemin ? Le chemin, je vous en ai parlé. Pour le reste, ce qui importe, c’est de savoir si celle ou celui qui parle aux Français a fait preuve dans sa vie de cohérence, celle qui garantit que sa conduite ne relève pas de l’opportunisme ou de la rancœur, que ce n’est pas une girouette qui tourne avec le vent.

F.-S. Y a-t-il des socialistes avec lesquels vous pourriez dialoguer ?

F. B. Il y en a beaucoup. Ce sont des gens que je respecte comme il y a beaucoup de gens que je respecte à l’UMP. Ce qui se dessine, c’est la majorité qu’il faudra pour la France : une majorité centrale, et non plus une majorité de camp contre camp. Mais pour cela, il faut que les socialistes comprennent que cette majorité centrale est incompatible avec un certain nombre de thèses en leur sein ou chez leurs alliés.

F.-S. Si vous n’êtes pas présent au second tour, ferez-vous un choix cette fois-ci entre les deux finalistes ?

F. B. Tout le combat que je mène, c’est pour être au second tour. Si ce n’était pas le cas, collectivement, nous ferions évidemment un choix.

F.-S. Pensez-vous comme Nicolas Sarkozy que la France glisse à droite ?

F. B. Glisser, ce n’est pas le mot. Mais, c’est vrai, il y a un déplacement vers plus d’autorité, plus de rigueur, plus de repères. Les gens exigent que ceux qui sont en charge de l’autorité fassent leur travail, et c’est absolument légitime.

F.-S. Est-ce que cela ne met pas un candidat du centre en porte-à-faux ?

F. B. Au contraire ! Le centre, c’est le seul lieu où l’on soit capable de prendre en compte les attentes des deux bords. Le centre, ce n’est pas le « ni ni ». Des deux côtés, il y a des attentes légitimes.

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« Une solution durable à la crise : le recours aux euro-obligations! »

Posté par auplaisirdesyeux le 23 juillet 2011

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Sylvie Goulard, députée européenne du Mouvement Démocrate et responsable de l’Europe au sein du Shadow cabinet, a publié une tribune dans Les Echos en collaboration avec Mario Monti, ancien commissaire européen, et traduite et publiée dans trois autres pays (Allemagne, Italie, Grande-Bretagne). Ils ont notamment appelé à avoir « recours aux euro-obligations » pour « accroître la discipline budgétaire et la stabilité de l’euro.

« Un consensus émerge peu à peu sur le fait qu’il serait difficile de concevoir une solution durable à la crise sans avoir recours aux euro-obligations. Le sommet de la zone euro pourrait au moins donner le signal politique clair que cette proposition doit etre considérée instamment.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro qui se sont réunis jeudi 21 juillet à Bruxelles se sont placés devant un choix fondamental. Ou bien, une fois de plus, ils font des grandes déclarations assurant qu’ils feront « tout ce qui est nécessaire » pour surmonter la crise de la zone euro. Ou bien ils se décident vraiment à agir. Dans le premier cas, les marchés continueront à faire monter les enchères et à mettre les autorités publiques en difficulté. Ils s’attaqueront à des pays plus grands, tels que l’Italie ou l’Espagne, rendant le « tout ce qui est nécessaire » de plus en plus coûteux et de moins en moins crédible.

La seconde branche de l’alternative consiste à agir en hommes d’Etat. Jusqu’à présent, les marchés ont gagné en jouant sur les divisions de pays qui ont préféré agir séparément, ce qui n’était pas à la hauteur de l’intégration monétaire. Les gouvernements ont cherché à assurer la « stabilité financière » en engageant l’argent des contribuables pour des montants astronomiques. Ces sommes peuvent aussi être vues comme le coût ultime que les gouvernants seraient prêts à imputer aux citoyens pour continuer à se comporter comme si les souverainetés nationales existaient encore.

Une stratégie plus efficace consisterait à surprendre les marchés en optant pour une politique résolument commune au lieu de masquer les divisions à coup d’argent public. Ceci suppose que le gouvernement du pays le plus important d’Europe, l’Allemagne, agisse avec hauteur de vues, à la fois vis-à-vis des autres Etats membres et de sa propre opinion publique. Il appartient au gouvernement fédéral d’expliquer aux Allemands qu’ils tirent un bénéfice considérable de l’Europe, de son marché intérieur et de l’euro ; que, grâce à ces réalisations, la culture de stabilité germanique s’est répandue dans toute l’Europe et que l’Allemagne serait le grand perdant d’une implosion de la zone euro, en raison de l’instabilité qui en découlerait, particulièrement nocive vue sa position concurrentielle, sans compter les coûts sonnants et trébuchants que cela impliquerait.

Le gouvernement allemand éviterait plus sûrement le gaspillage d’argent public en s’engageant à promouvoir des politiques de long terme qu’en cherchant à protéger les contribuables par des mesures de court terme qui ne rassurent ni les marchés ni les citoyens. C’est le manque de crédibilité des solutions actuelles qui pourrait, au bout du compte, générer des transferts financiers désordonnés (« Transferunion »), créant ainsi du ressentiment à l’intérieur de l’Allemagne et entre partenaires européens.

Heureusement pour la Chancelière Merkel et pour l’Europe, les deux principaux partis d’opposition en Allemagne, les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, sont sur des lignes pro-européennes. Bien que le SPD ait à l’origine été hostile à l’introduction de l’euro et qu’en 2003, le gouvernement SPD-Verts conduit par Gehrard Schröder ait joint ses forces à celles de la France pour s’exonérer du respect du pacte de stabilité et de croissance, nuisant par là même à sa crédibilité, les dirigeants du SPD ont soutenu cette semaine le principe de mesures a priori impopulaires pour apporter une solution à la crise de la zone euro.

Cette situation offre à Angela Merkel et au ministre des finances Wolfgang Schäuble l’opportunité de soutenir une initiative qui marquerait… nos obligations envers l’euro : l’émission d’euro-obligations. Nous faisons ici allusion à l’émission en commun de titres en euro comme instruments de gestion de la dette et non pour le financement de nouvelles dépenses.

La proposition, conçue notamment par les économistes Jacques Delpla et Jakob von Weiszäcker du think tank Bruegel en mai 2010, a été déjà faite au Président de la Commission par l’un des auteurs de cet article (Une nouvelle stratégie pour le marché unique, Mario Monti, mai 2010) et a été introduite, par l’autre auteur, dans les négociations sur le paquet gouvernance économique du Parlement européen, via son rapport sur le renforcement de la surveillance budgétaire effective dans la zone euro en décembre 2010.

Le 22 juin, le commissaire Olli Rehn a déclaré au Parlement européen que, dans le cadre d’un accord sur la gouvernance économique et avant la fin de l’année 2011, la Commission produira un rapport sur la mise en place d’un système d’émission d’euro-obligations assorties d’une garantie conjointe et solidaire (joint and several) visant à accroître la discipline budgétaire et la stabilité de l’euro à travers le jeu du marché, en assurant que les Etats membres dotés des meilleures notations ne souffriraient pas de taux plus élevés. Si nécessaire, le rapport sera accompagné de propositions législatives.

De nombreuses options sont possibles, y compris celle de conférer de nouveaux pouvoirs au fonds européen de stabilisation financière EFSF. Nous ne pouvons pas entrer dans les détails ici mais ces obligations donneraient à l’euro une assise globale et renforceraient la discipline en fournissant – enfin ! – une pression des marchés pour mieux respecter la discipline prévue par les traités. Il n’est pas évident que le coût de financement des Etats AAA serait accru, que ce soit en termes absolus ou relatifs, vu la liquidité qu’offrirait ce grand marché des euro-obligations et les turbulences qui existent actuellement sur le marché de la dette souveraine. Enfin, en libérant la BCE du rôle qu’elle a été forcée de jouer, les euro-obligations serviraient l’intérêt général, tout en confortant la banque centrale dans la meilleure tradition allemande. Un consensus émerge peu à peu sur le fait qu’il serait difficile de concevoir une solution durable à la crise sans avoir recours aux euro-obligations. Le sommet de la zone euro pourrait au moins donner le signal politique clair que cette proposition doit être considérée instamment, notamment dans ses aspects techniques et juridiques. Une vision européenne fondée sur la création d’un instrument européen, adossée à un calendrier précis, pourrait offrir le moyen de restaurer la confiance et la stabilité. »

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« Le redressement des comptes publics ne peut venir que de réformes ambitieuses et pérennes »

Posté par auplaisirdesyeux le 16 juillet 2011

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Intervenant jeudi 7 juillet en séance publique au Sénat, lors du débat d’orientation des finances publiques pour 2012, Jean-Jacques Jégou, sénateur du Val-de-Marne et responsable du Budget, des comptes publics, et de la lutte contre les déficits au sein du Shadow cabinet, a estimé que « le redressement des comptes publics ne peut venir que de réformes ambitieuses et inscrites dans la durée ».

Visionnez l’intervention de Jean-Jacques Jégou directement sur le site du Sénat en cliquant ici.

« Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le président de la commission des finances, monsieur le rapporteur général, mes chers collègues,

Chaque année, le Premier président de la Cour des comptes vient nous présenter son rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques. Chaque année, tout le monde, sur toutes les travées, approuve le constat dressé par la Cour des comptes de l’état très dégradé de nos comptes et des perspectives alarmantes de nos finances publiques, ainsi que les solutions proposées par les magistrats de la rue Cambon.
Pourtant, chaque année, la situation est pire que l’année précédente, comme si nous étions incapables de mettre en œuvre les réformes préconisées par la Cour des comptes. Notre pays continue, en reportant et en retardant les réformes indispensables, à aller dans le mur, lequel se rapproche dangereusement !

Aujourd’hui, avec ce débat d’orientation des finances publiques, nous avons l’occasion d’évaluer la détermination du Gouvernement à réduire les déficits. En effet, si des règles juridiques, voire constitutionnelles, peuvent aider à la réduction des déficits en améliorant le pilotage des finances, le redressement des finances publiques est surtout une affaire de volonté et de courage politiques.

Que nous dit la Cour des comptes de cette volonté ?

Certes, en 2010, la situation des comptes publics s’est améliorée, avec une réduction du déficit public de 7,5 pour cent à 7,1 pour cent du PIB, c’est-à-dire de seulement 0,4 point. Pourquoi ce chiffre est-il aussi faible ? Parce que, comme le montre la Cour des comptes, malgré la diminution du coût du plan de relance, de nouvelles baisses d’impôts sont venues aggraver le déficit de 0,4 point de PIB. Sans ces baisses d’impôts, la réduction du déficit aurait été plus forte.

En 2011, la lente décrue du déficit se poursuit et celui-ci s’établira selon toute vraisemblance, comme vous l’avez indiqué, madame la ministre, à 5,7 pour cent du PIB. Mais cette diminution est largement mécanique, liée à la disparition des dernières mesures de relance et à l’amélioration de la conjoncture. Peut-on se satisfaire de ce résultat ? Non, car notre déficit reste bien supérieur au déficit moyen des autres pays de la zone euro, qui s’établit à 3,9 pour cent. L’Allemagne, quant à elle, finira l’année avec un déficit égal à 2 pour cent du PIB.

Notre niveau de déficit restera donc très élevé et, surtout – c’est d’ailleurs le plus inquiétant –, sa composante structurelle ne diminue pas. Le déficit structurel représente 5 pour cent du PIB, les éléments conjoncturels, la crise et le plan de relance ne représentant que 38 pour cent du déficit de 2010. La crise a donc bon dos pour expliquer l’ampleur de nos déficits et de notre dette…

Pour l’année 2011, il faut d’ailleurs espérer que nous tiendrons l’objectif de 5,7 pour cent du PIB, car il demeure actuellement quelques incertitudes quant à l’exécution du budget de 2011. En effet, des dépenses nouvelles sont apparues : une amende de 460 millions d’euros au titre de l’affaire des frégates de Taiwan, le plan pour l’emploi, le coût des opérations extérieures, les OPEX, et toutes les aides que nous devrons apporter au secteur agricole du fait de la sécheresse. Ajoutons à cela, en matière de recettes, le manque à gagner dû à la réforme de la fiscalité du patrimoine, qui n’est pas totalement financée, comme nous l’avons observé voilà une dizaine de jours. »

Le Gouvernement se donne-t-il tous les moyens pour tenir ses engagements ?

« Pour la période 2012-2014, le Gouvernement a fixé pour objectif de ramener le déficit public à 5,7 pour cent cette année, à 4,6 pour cent en 2012, à 3 pour cent l’année suivante et à 2 pour cent en 2014. Cette programmation du Gouvernement en matière de réduction des déficits est ambitieuse ; se donne-t-il tous les moyens pour tenir ses engagements ? Il est permis d’en douter quand on constate qu’elle repose sur un cumul d’hypothèses favorables en matière de recettes et sur une prévision de ralentissement des dépenses dont la Cour des comptes estime le contour imprécis.

Tout d’abord, l’hypothèse de croissance semble particulièrement optimiste pour 2013 et 2014, et la prévision de l’élasticité des recettes surestimée. Quant aux mesures visant à limiter la croissance moyenne annuelle des dépenses pour les années 2012-2014, le Gouvernement ne les détaille pas précisément.

Arrêtons-nous un instant sur l’année 2012.

Les commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat doutent que nous puissions finalement parvenir à un déficit de 4,6 pour cent du PIB, objectif pourtant incontournable si nous voulons avoir une chance d’atteindre 3 pour cent de déficit en 2013. Si le Gouvernement veut tenir son engagement de ramener le déficit à 4,6 points de PIB en 2012, il faudra faire un effort correspondant à 1,1 point, ce qui représente 22 milliards d’euros à trouver. Avec une croissance de 2 pour cent –hypothèse qui paraît assez raisonnable –, nous devrions pouvoir couvrir, grâce aux recettes spontanées, environ 0,4 point. Reste donc à gagner 0,7 point, en dépenses et en recettes.

Pour les dépenses, le Gouvernement maintient l’objectif de réduire de 10 pour cent les dépenses d’intervention : stabilisation des dépenses de guichet, réduction des dépenses d’intervention discrétionnaires de 13 pour cent, stabilisation de la masse salariale. Mais les rapporteurs généraux nous disent qu’il manquera 2 milliards d’euros, qu’il faut absolument trouver du côté des dépenses. Selon leurs analyses, le compte n’y est pas : il manque au bas mot 5 milliards d’euros de recettes et/ou d’économies supplémentaires pour atteindre cet objectif. On voit bien, notamment, que l’effort de réduction du déficit structurel est notoirement insuffisant, puisqu’il s’établit à seulement 0,55 pour cent du PIB pour 2012, alors qu’il devrait être de 1 pour cent, selon les engagements pris par le Gouvernement auprès de nos partenaires européens.

Malheureusement, cela confirme que le Gouvernement a trop tendance à ne s’appuyer, pour réduire le déficit, que sur l’évolution spontanée des recettes publiques, donc sur la reprise de la croissance, qui est toujours hypothétique, hélas !

Certes, comme le reconnaît la Cour des comptes, des efforts sont consentis en matière de maîtrise des dépenses en volume et en valeur. Toutefois, nous le savons, ce n’est que par un effort bien supérieur que nous pourrons réduire nos déficits structurels. On voit bien la difficulté pour le Gouvernement, année après année, de s’attaquer réellement aux dépenses de fonctionnement et d’intervention, qui représentent une masse considérable de près de 100 milliards d’euros. Pourtant, la Cour des comptes donne chaque année des pistes de réduction de ces dépenses.

Comment, dans ces conditions, ne pas douter de la volonté du Gouvernement de réduire les déficits à hauteur des engagements qu’il a lui-même pris devant les instances européennes ?

La situation demeure grave. Si nous voulons éviter l’emballement de la dette, il faut réduire drastiquement et rapidement ces déficits, qui, chaque année, se transforment en dette. Nos déficits restent beaucoup trop élevés de ce point de vue. Pour stabiliser la dette, il faut au moins abaisser le déficit à 3 pour cent du PIB. S’il demeure supérieur à ce chiffre, l’effet boule-de-neige continue et, alors que nous approchons de la zone dangereuse des 85 pour cent du PIB, nous risquons de voir notre endettement continuer de croître, ce que nous devons éviter par tous les moyens. Il y va de notre souveraineté nationale, et c’est indispensable pour conserver la confiance de nos créanciers. Si notre dette atteignait 90 pour cent du PIB, les marchés financiers et les agences de notation nous placeraient immédiatement sous surveillance.

Or, si nous ne réduisons pas notre déficit structurel, notre dette franchira ce seuil dès 2012, puis s’élèvera à 100 pour cent du PIB en 2016 et à 110 pour cent en 2020 ! À ce niveau d’endettement, les charges d’intérêts représenteraient 10 pour cent du montant des prélèvements obligatoires !

La Cour des comptes l’affirme très clairement : c’est un effort de 100 milliards d’euros que nous devons réaliser dans les cinq prochaines années pour réduire le déficit structurel, soit un effort de 20 milliards d’euros par an, ce qui correspond à un point de PIB. Ce n’est pas irréalisable.

C’est de toute façon le seul moyen pour écarter durablement les risques d’emballement de la dette publique et ramener celle-ci à 72 pour cent du PIB en 2020. Atteindre cet objectif nécessitera de la part des gouvernements successifs une volonté forte et continue. Le redressement des comptes publics ne peut venir que de réformes ambitieuses et inscrites dans la durée. Il y va, à terme, de la crédibilité de notre pays sur les plans européen et international.

Il faut donc aller beaucoup plus loin dans la maîtrise et la réduction des dépenses, en s’attaquant aux dépenses d’intervention et aux dépenses sociales, puisque 45 pour cent des dépenses publiques servent à financer des prestations sociales. Nous ne pourrons redresser la situation des finances publiques sans ralentir la croissance de ces prestations.

Dans le même temps, il faut préserver les recettes en évitant les cadeaux fiscaux et les baisses d’impôts inconsidérées. La Cour des comptes note justement que, à elle seule, la réduction du taux de TVA pour le secteur de la restauration a anéanti les huit années d’économies permises par le non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux !

Nous sommes plusieurs, ici au Sénat, à avoir dénoncé cette situation.

S’agissant des recettes, une augmentation de celles-ci semble indispensable, à côté de la maîtrise des dépenses, pour réussir le redressement des finances publiques. Je pense particulièrement aux finances sociales : nous n’échapperons pas à une hausse de la CSG et de la CRDS, compte tenu des déficits structurels, que la seule évolution de la masse salariale ne permettra pas de résorber. Mais nous serons tous d’accord pour dire que l’effort doit porter en priorité sur les dépenses fiscales et les niches. En matière de dépenses fiscales, nous devons faire mieux.

Les dépenses fiscales s’élèvent à environ 75 milliards d’euros et les niches sociales représentent 40 milliards d’euros, soit un total de quelque 115 milliards d’euros. Si nous ne parvenons pas à dégager 3 milliards d’euros d’économies sur un tel périmètre, c’est que nous manquons vraiment de courage et d’imagination.

Comme nous le disons depuis plusieurs années, il faut réduire de 8 milliards à 10 milliards d’euros le bloc des dépenses fiscales et des niches sociales. Ayons le courage de le faire ! Pour les niches fiscales, si l’on progresse, c’est lentement, au rythme de 2 milliards ou de 3 milliards d’euros chaque année, ce qui est notoirement insuffisant. Il faut à peu près doubler cette somme ; à moins de 8 milliards à 10 milliards d’euros d’effort annuel, il n’y aura pas de redressement significatif.

La crise financière, le problème de la dette dans la zone euro, l’état de nos comptes publics placent nos finances publiques et sociales au centre des préoccupations. Espérons que cela nous conduira à prendre conscience collectivement des efforts – et des sacrifices – à consentir pour rétablir nos finances publiques au cours des prochaines années.

Le message au Gouvernement est clair : il faut poursuivre et intensifier les efforts, en ne cédant ni à la tentation du relâchement, ni à l’illusion d’une amélioration spontanée des comptes publics grâce à la conjoncture et à la croissance. C’est un message adressé à la veille d’échéances politiques majeures, période propice aux promesses inconsidérées et irréalistes. Dans l’état actuel des finances de notre pays, elles n’en seraient que plus dangereuses. »

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« Pour imposer le changement, il faudra faire oeuvrer ensemble des courants différents »

Posté par auplaisirdesyeux le 9 juillet 2011

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François Bayrou a répondu vendredi 8 juillet aux questions du Télégramme.com, où il a rappelé que « le centre n’est pas le réceptacle des déceptions des uns et des autres ». « L’audience du centre ne viendra pas de l’échec des autres ; elle viendra de sa propre dynamique », a-t-il déclaré.

Redoutez-vous que l’affaire Strauss-Kahn ait des conséquences sur la perception des politiques par l’opinion?

Franchement, non. Les Français font la différence entre les comportements individuels et un comportement d’ensemble. Bien sûr, les politiques dans leur ensemble ne sont pas sans faiblesse. Leur monde et leurs discours apparaissent trop souvent éloignés des réalités de la vie. Cela tient en particulier au cumul des mandats, aux avantages divers qui s’additionnent parfois. Même si ces avantages sont loin d’être du même ordre que ceux dont bénéficient les cadres dirigeants du CAC 40 ou de l’univers financier. Mais il est vrai que, trop souvent, le monde politique paraît vivre en vase clos. Pour autant, je ne confonds pas ces faiblesses avec des comportements personnels discutables ou répréhensibles.

Le fait que DSK soit empêché d’être candidat à l’élection présidentielle redonne-t-il un espace politique au centre ?

Le centre ce n’est pas le réceptacle des déceptions des uns et des autres. Le centre, c’est tout à fait autre chose. C’est un projet et une éthique politique.
Le centre, c’est au moins deux affirmations. Premièrement, c’est le refus de la guerre civile d’un camp contre l’autre ; parce que cette guerre civile stupide empêche qu’on prenne les bonnes décisions pour le pays. Pour imposer le changement, il faudra rendre compatibles et faire oeuvrer ensemble des courants différents. Deuxièmement, le centre c’est la volonté de proposer une action politique qui parte de la vérité. Et, aujourd’hui, on peut dire que la vérité n’est plus nulle part. Le pouvoir actuel nous dit que tout va mieux. Ce n’est pas vrai. La gauche nous dit qu’on peut de nouveau dépenser, créer des centaines de milliers d’emplois et résoudre les problèmes de logement en bloquant les loyers. Tout cela est stupide et faux. Et ça nous conduira à un grave accident. Voilà pourquoi nous nous en tiendrons, même dans l’élection présidentielle, à la politique de la vérité.
L’audience du centre ne viendra pas de l’échec des autres. Elle viendra de sa propre dynamique.

Croyez-vous à une candidature de Jean-Louis Borloo ? La redoutez-vous ?

Il n’y aura qu’une candidature au centre, et ce sera la candidature la plus authentique. On ne peut pas s’affirmer du camp de la droite et se prétendre du centre. C’est illogique. On ne peut pas avoir été, pendant neuf ans, un des piliers du système en place, ministre, numéro deux du gouvernement, et se présenter comme le changement. Ce n’est pas cohérent.

On vous a reproché, en 2007, de ne pas avoir pris position entre les deux tours. Que ferez-vous en 2012 si vous n’êtes pas qualifié pour le second tour ?

Le but d’une campagne présidentielle, c’est d’être dans les deux premiers au premier tour. C’est l’objectif à atteindre. Le projet que nous porterons sera assez fort, assez convaincant, pour que cet objectif soit atteint. Mais en tout état de cause, s’il le faut, au deuxième tour, nous choisirons ensemble, collectivement, ce qui sera l’intérêt du pays.

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